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		<title>Le nouveau monde qui tarde &#224; appara&#238;tre</title>
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&lt;p&gt;LE NOUVEAU MONDE QUI TARDE A APPARAITRE &lt;br class='autobr' /&gt;
Gustave Massiah - 15 octobre 2016 &lt;br class='autobr' /&gt;
La situation semble d&#233;sesp&#233;rante. L'offensive des droites et des extr&#234;mes droites occupe l'espace et les esprits. Elle s'&#233;tale dans les m&#233;dias et pr&#233;tend exprimer la droitisation des soci&#233;t&#233;s. Il n'en est rien et rien n'est jou&#233;. Les soci&#233;t&#233;s r&#233;sistent et les contradictions sont &#224; l'&#339;uvre ; ce sont elles qui d&#233;terminent l'avenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comprendre la situation, repartons de la citation de Antonio Gramsci : &#171; Le...&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://78.site.attac.org/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Revue de presse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE NOUVEAU MONDE QUI TARDE A APPARAITRE&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://78.site.attac.org/local/cache-vignettes/L200xH140/-11-fe231.jpg?1684493046' width='200' height='140' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gustave Massiah - 15 octobre 2016&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation semble d&#233;sesp&#233;rante. L'offensive des droites et des extr&#234;mes droites occupe l'espace et les esprits. Elle s'&#233;tale dans les m&#233;dias et pr&#233;tend exprimer la droitisation des soci&#233;t&#233;s. Il n'en est rien et rien n'est jou&#233;. Les soci&#233;t&#233;s r&#233;sistent et les contradictions sont &#224; l'&#339;uvre ; ce sont elles qui d&#233;terminent l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre la situation, repartons de la citation de Antonio Gramsci : &#171; Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde &#224; appara&#238;tre et dans ce clair obscur surgissent les monstres &#187; .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Cahiers de Prison, Cahiers 3, Ed. Gallimard Paris, 1983&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la strat&#233;gie des mouvements sociaux qui veulent porter un projet d'&#233;mancipation doit articuler la r&#233;ponse &#224; l'urgence et la construction d'un projet alternatif d'avenir. Ils doivent dans le m&#234;me temps lutter contre les monstres et s'inscrire dans la construction d'un monde nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vieux monde se meurt&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chocs financiers de 2008 confirment l'hypoth&#232;se de l'&#233;puisement du n&#233;olib&#233;ralisme. Le r&#233;chauffement climatique, la diminution de la biodiversit&#233;, les pollutions globales, confirment l'&#233;puisement du productivisme. Des hypoth&#232;ses sont avanc&#233;es sur un &#233;puisement du capitalisme comme mode de production h&#233;g&#233;monique. Etant entendu que ce qui succ&#232;derait au capitalisme ne sera pas forc&#233;ment un mode juste et &#233;quitable ; l'Histoire n'est pas &#233;crite et n'est pas lin&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Forum social mondial de Bel&#233;m, en 2009, une convergence de mouvements ; les mouvements des femmes, les mouvements paysans et les mouvements &#233;cologistes et les mouvements des peuples amazoniens ont fortement exprim&#233; un nouveau point de vue. Ils ont affirm&#233; que, s'il s'agit de red&#233;finir les rapports entre l'esp&#232;ce humaine et la Nature, il ne s'agit pas seulement d'une crise du n&#233;olib&#233;ralisme ou du capitalisme, il s'agit d'une crise de civilisation, celle qui depuis cinq si&#232;cles a mis en avant la modernit&#233; occidentale et a conduit &#224; certaines des formes de la science contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est marqu&#233;e par la permanence des contradictions. La crise structurelle articule cinq contradictions majeures : &#233;conomiques et sociales, avec les in&#233;galit&#233;s sociales et les discriminations ; &#233;cologiques avec la destruction des &#233;cosyst&#232;mes, la limitation de la biodiversit&#233;, le changement climatique et la mise en danger de l'&#233;cosyst&#232;me plan&#233;taire ; g&#233;opolitiques avec les guerres d&#233;centralis&#233;es et et la mont&#233;e de nouvelles puissances ; id&#233;ologiques avec l'interpellation de la d&#233;mocratie, les pouss&#233;es x&#233;nophobes et racistes ; politiques avec la corruption n&#233;e de la fusion du politique et du financier qui nourrit la m&#233;fiance par rapport au politique et abolit son autonomie. La droite et l'extr&#234;me droite ont men&#233; une bataille pour l'h&#233;g&#233;monie culturelle, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1970, contre les droits fondamentaux et particuli&#232;rement contre l'&#233;galit&#233;, contre la solidarit&#233;, pour les id&#233;ologies s&#233;curitaires, pour la disqualification amplifi&#233;e apr&#232;s 1989 des projets progressistes. Elles ont men&#233; les offensives sur le travail par la pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e ; contre l'Etat social par la marchandisation et la privatisation et la corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e des classes politiques ; sur la subordination du num&#233;rique &#224; la logique de la financiarisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nouveaux monstres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 2011, les mouvements quasi insurrectionnels d'occupation des places t&#233;moignent de la r&#233;ponse des peuples &#224; la domination de l'oligarchie. A partir de 2013, l'arrogance n&#233;olib&#233;rale reprend le dessus et confirme les tendances qui ont &#233;merg&#233; d&#232;s la fin des ann&#233;es 1970. Les politiques dominantes, d'aust&#233;rit&#233; et d'ajustement structurel, sont r&#233;affirm&#233;es. La d&#233;stabilisation, les guerres, les r&#233;pressions violentes et l'instrumentalisation du terrorisme s'imposent dans toutes les r&#233;gions. Des courants id&#233;ologiques r&#233;actionnaires et des populismes d'extr&#234;me-droite sont de plus en plus actifs. Les racismes et les nationalismes extr&#234;mes alimentent les manifestations contre les &#233;trangers et les migrants. Ils prennent des formes sp&#233;cifiques comme le n&#233;o-conservatisme libertarien aux Etats-Unis, les extr&#234;mes-droites et les diverses formes de national-socialisme en Europe, l'extr&#233;misme jihadiste arm&#233;, les dictatures et les monarchies p&#233;troli&#232;res, l'hindouisme extr&#234;me, etc. Mais, dans le moyen terme, rien n'est jou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut s'interroger sur ces monstres et les raisons de leur &#233;mergence. Ils s'appuient sur les peurs autour de deux vecteurs principaux et compl&#233;mentaires : la x&#233;nophobie et la haine des &#233;trangers ; les racismes sous leurs diff&#233;rentes formes. Il faut souligner une offensive particuli&#232;re qui prend les formes de l'islamophobie ; apr&#232;s la chute du mur de Berlin, l'&#171; islam &#187; ayant &#233;t&#233; institu&#233; comme l'ennemi principal dans le &#171; choc des civilisations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation r&#233;sulte d'une offensive men&#233;e avec constance depuis quarante ans, par les droites extr&#234;mes, pour conqu&#233;rir l'h&#233;g&#233;monie culturelle. Elle a port&#233; principalement sur deux valeurs. Contre l'&#233;galit&#233; d'abord en affirmant que les in&#233;galit&#233;s sont naturelles. Pour les id&#233;ologies s&#233;curitaires en consid&#233;rant que seules la r&#233;pression et la restriction des libert&#233;s peuvent garantir la s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le durcissement des contradictions et des tensions sociales expliquent le surgissement des formes extr&#234;mes d'affrontement. Le durcissement commence par celui de la lutte des classes et s'&#233;tend &#224; toutes les relations sociales. Le milliardaire Warren Buffet d&#233;clare tranquillement &#171; certains doutent de l'existence d'une lutte des classes ; bien s&#251;r qu'il y a une lutte des classes, et c'est ma classe qui est en train de la gagner &#187;. La financiarisation a creus&#233; les in&#233;galit&#233;s et la caste des tr&#232;s riches s'est restreinte. Les classes dites moyennes ont enfl&#233;, mais la pr&#233;carisation touche et ins&#233;curise une partie d'entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; d'accumulation de richesses et de pouvoirs est insatiable. Face &#224; cette d&#233;mesure, on assiste &#224; un refuge dans le retour du religieux en esp&#233;rant qu'il arrivera &#224; temp&#233;rer les d&#233;rives insupportables. La confiance dans une r&#233;gulation par l'Etat est fortement atteinte. La classe financi&#232;re a r&#233;ussi &#224; subordonner les Etats. Et le projet de socialisme d'Etat a sombr&#233; dans les nomenklaturas et dans les nouvelles oligarchies. La situation est instable. Comment croire qu'un monde o&#249; 62 personnes, 53 hommes et 9 femmes, poss&#232;dent autant que 3,5 milliards de personnes peut durer ind&#233;finiment. La volont&#233; d'imposer la reproduction de la situation et la peur des r&#233;voltes se traduisent par la mont&#233;e de la violence, les r&#233;pressions et les guerres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, il y a aussi une autre raison &#224; la situation, c'est la peur de l'apparition d'un nouveau monde. Les nouveaux monstres savent que leur monde est en question ; pour sauvegarder leurs positions et leurs privil&#232;ges, ils instrumentalisent la peur de l'avenir, la crainte du bouleversement des soci&#233;t&#233;s qui va marquer l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le nouveau monde qui tarde &#224; appara&#238;tre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est ce nouveau monde qui tarde &#224; appara&#238;tre ? Un nouveau monde qui peut faire peur aux nantis et que les mouvements sociaux h&#233;sitent &#224; percevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition est d'&#234;tre attentif aux r&#233;volutions en cours. Il y a plusieurs r&#233;volutions en cours, mais elles sont inachev&#233;es. Et leurs issues sont incertaines. Rien ne permet d'affirmer qu'elles ne seront pas &#233;cras&#233;es, d&#233;vi&#233;es ou r&#233;cup&#233;r&#233;es. Pour autant, elles bouleversent le monde ; elles sont aussi porteuses d'espoirs et marquent d&#233;j&#224; l'avenir et le pr&#233;sent. Ce sont des r&#233;volutions de longue p&#233;riode dont les effets s'inscrivent sur plusieurs g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer ce propos, partons de cinq r&#233;volutions en cours, et qui sont, rappelons le inachev&#233;es. Il s'agit de la r&#233;volution des droits des femmes ; de la r&#233;volution des droits des peuples ; de la r&#233;volution &#233;cologique ; de la r&#233;volution num&#233;rique ; de la r&#233;volution du peuplement de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution des droits des femmes est la plus impressionnante. Elle remet en cause des rapports mill&#233;naires. Les luttes pour les droits des femmes ont toujours exist&#233;. La reconnaissance des droits des femmes a avanc&#233; &#233;norm&#233;ment au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es. On mesure progressivement les bouleversements qu'elle suscite. Cette r&#233;volution est inachev&#233;e et entra&#238;ne des r&#233;sistances d'une tr&#232;s grande violence. On le mesure &#224; la violence des r&#233;actions de certains Etats &#224; toute id&#233;e de la lib&#233;ration des femmes et &#224; la r&#233;sistance dans toutes les soci&#233;t&#233;s &#224; la remise en cause du patriarcat. La r&#233;volution des droits des femmes a d&#233;j&#224; suscit&#233; un grand changement dans la strat&#233;gie des mouvements ; c'est le refus de subordonner la lutte contre l'oppression des femmes &#224; d'autres luttes. Leur refus de consid&#233;rer leur revendication comme une contradiction secondaire a &#233;t&#233; reprise par tous les mouvements et traduit la reconnaissance de la diversit&#233; des mouvements sociaux et citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution des droits des peuples est elle aussi marquante. Elle est inachev&#233;e et en prise avec les tentatives de reconfiguration des rapports imp&#233;rialistes. La deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation a commenc&#233;. La premi&#232;re phase, celle de d'ind&#233;pendance des Etats a rencontr&#233; ses limites. La deuxi&#232;me phase est celle de la lib&#233;ration des peuples. Elle ouvre sur de nouvelles questions avec les droits des peuples qui prennent diff&#233;rentes appellations ; indig&#232;nes, premiers, autochtones. Elles renouvellent la question des identit&#233;s avec l'irruption des identit&#233;s multiples comme les a qualifi&#233; le po&#232;te Edouard Glissant. Elle interpelle le rapport entre les libert&#233;s individuelles et les libert&#233;s collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution &#233;cologique en est &#224; ses d&#233;buts. Elle bouleverse d&#233;j&#224; la compr&#233;hension des transformations et du sens du changement. Elle introduit la notion du temps fini et la notion des limites par rapport &#224; la croissance illimit&#233;e. Elle remet en cause toutes les conceptions du d&#233;veloppement, de la production et de la consommation. Elle r&#233;impose la discussion sur le rapport de l'esp&#232;ce humaine &#224; la Nature. Elle interpelle sur les limites de l'&#233;cosyst&#232;me plan&#233;taire. La r&#233;volution &#233;cologique est une r&#233;volution philosophique qui bouleverse les certitudes les mieux &#233;tablies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution du num&#233;rique est une part d&#233;terminante d'une nouvelle r&#233;volution scientifique et technique, combin&#233;e notamment &#224; celle des biotechnologies. Elle ouvre de tr&#232;s fortes contradictions sur les formes de production, de travail et de reproduction. Elle impacte la culture en commen&#231;ant &#224; bouleverser des domaines aussi vitaux que ceux du langage et de l'&#233;criture. Pour l'instant, la financiarisation a r&#233;ussi &#224; instrumentaliser les bouleversements du num&#233;rique, mais les contradictions restent ouvertes et profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution du peuplement de la plan&#232;te est en gestation. Tous les grands bouleversements historiques ont eu des cons&#233;quences sur le peuplement de la plan&#232;te. L'envisager permet d'&#233;viter de qualifier les questions des migrations et des r&#233;fugi&#233;s comme une crise migratoire qu'on pourrait isoler et qui finirait par se r&#233;sorber. Les changements dans le peuplement de la plan&#232;te prolongent les ruptures pr&#233;c&#233;dentes. Celle de l'urbanisation et de l'armature urbaine mondiale avec la multiplication des quartiers pr&#233;caires. Le changement climatique ne va pas seulement accentuer les migrations environnementales. L'&#233;l&#233;vation du niveau de la mer pourrait atteindre jusqu'&#224; un m&#232;tre d'ici &#224; la fin du si&#232;cle. Selon les Nations Unies, 60% des 450 aires urbaines de plus d'un million d'habitants en 2011, &#8211; soit quelque 900 millions d'individus &#8211; seraient expos&#233;es &#224; un risque naturel &#233;lev&#233;. La scolarisation des soci&#233;t&#233;s modifie les flux migratoires. Les dipl&#244;m&#233;s qui partent restent en contact avec leur g&#233;n&#233;ration &#224; travers internet. Les autres alimentent les ch&#244;meurs dipl&#244;m&#233;s, nouvelle alliance entre les enfants des couches populaires et les enfants des couches moyennes. Les mouvements sociaux tentent d'articuler les luttes pour les droits &#224; la libert&#233; de circulation et d'installation avec celles pour le droit de rester vivre et travailler au pays. Ils v&#233;rifient que l'envie de rester est indissociable du droit de partir. La notion m&#234;me d'identit&#233; est interpell&#233;e par l'&#233;volution des territoires et par le m&#233;tissage des cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La n&#233;cessaire pens&#233;e strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux et citoyens doivent adapter leur strat&#233;gie &#224; la nouvelle situation. Toute pens&#233;e strat&#233;gique se construit sur l'articulation entre l'urgence et la construction d'un projet alternatif. L'urgence, c'est la r&#233;sistance aux nouveaux monstres. Mais pour r&#233;sister, un projet alternatif est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet alternatif commence &#224; se d&#233;gager. D&#232;s 2009, au Forum social mondial de Bel&#233;m dont il a &#233;t&#233; fait mention auparavant, la proposition qui se d&#233;gage est celle d'une transition &#233;cologique, sociale, d&#233;mocratique et g&#233;opolitique. Cette proposition combine la prise de conscience des grandes contradictions et l'intuition des grandes r&#233;volutions inachev&#233;es en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut insister sur l'id&#233;e de transition qui est souvent utilis&#233;e &#224; contre-emploi comme une proposition de temporisation. La proposition de transition ne s'oppose pas &#224; l'id&#233;e de r&#233;volution, elle est en rupture avec une des conceptions de la r&#233;volution, celle du grand soir ; elle inscrit la r&#233;volution dans le temps long et discontinu. Elle souligne que de nouveaux rapports sociaux &#233;mergent d&#233;j&#224; dans le monde actuel, comme les rapports sociaux capitalistes ont &#233;merg&#233;, de mani&#232;re contradictoire et inachev&#233;e, dans le monde f&#233;odal. Cette conception donne un nouveau sens aux pratiques alternatives qui se cherchent et qui permettent, l&#224; aussi de mani&#232;re inachev&#233;e, de pr&#233;ciser et de pr&#233;parer un projet alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des difficult&#233;s de cette p&#233;riode concerne cette articulation entre la r&#233;sistance et le projet alternatif. La lutte des classes est, sans conteste, l'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant de la r&#233;sistance et de la transformation. Encore faut-il red&#233;finir la nature des classes sociales, de leur rapport et des luttes de classes. Dans la conception dominante des mouvements sociaux, la r&#233;volution sociale devait pr&#233;c&#233;der et caract&#233;riser les autres r&#233;volutions et lib&#233;rations. L'importance des cinq autres r&#233;volutions en cours interpellent la r&#233;volution sociale et le retard de la r&#233;volution sociale interpelle en retour les autres r&#233;volutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut revenir &#224; l'urgence et &#224; la r&#233;sistance contre les monstres. Tout en soulignant l'importance et la n&#233;cessit&#233; de construire un projet alternatif. Il n'est pas secondaire de comprendre comment la peur du nouveau monde agit sur l'apparition des monstres. Prenons un exemple avec un &#233;lecteur de Trump, classe moyenne, blanc, dans les Etats Unis profond ; quand il regarde autour de lui, il voit que les indiens sont toujours l&#224;, que les noirs ne supportent plus le racisme, que les latinos sont de plus en plus nombreux et parfois majoritaires et que les femmes ne veulent pas se laisser faire. Il finit par voir que son Am&#233;rique r&#234;v&#233;e n'existera plus et il est pr&#234;t &#224; prendre ses fusils pour tirer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les soci&#233;t&#233;s r&#233;sistent plus qu'on ne pense &#224; la droitisation des &#233;lites et des m&#233;dias. On peut le v&#233;rifier. En Hongrie, le r&#233;f&#233;rendum contre les &#233;trangers n'a pu &#234;tre valid&#233;, car, malgr&#233; les pressions, seuls 37% des hongrois-e-s sont all&#233;-e-s voter pour cette consultation. En Pologne, les manifestations massives ont fait reculer ceux qui voulaient interdire tout avortement. En France, deux tiers des fran&#231;ais-e-s sont oppos&#233;-e-s &#224; l'abrogation des lois pour le mariage pour tous. Un sondage dans 5 pays europ&#233;ens montre que, suivant les pays, 77 &#224; 87% des sond&#233;s sont pour renforcer les lois contre les discriminations et que malgr&#233; le d&#233;lire anti- migrants, 55 &#224; 69% des sond&#233;s sont favorables &#224; la r&#233;gularisation des sans-papiers disposant d'un contrat de travail. Un sondage d'Amnesty International dans 27 pays a montr&#233; que, malgr&#233; les discours anti r&#233;fugi&#233;s, dans 20 des 27 pays, plus de 75% des sond&#233;s sont en faveur de l'accueil des r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elles peuvent s'exprimer, les soci&#233;t&#233;s sont plus ouvertes et plus tol&#233;rantes que ne veulent le faire croire les courants de droite extr&#234;me et les m&#233;dias que les relayent. Mais, cette r&#233;sistance ne s'affiche pas, ne se traduit pas par une adh&#233;sion &#224; un projet progressiste, traduisant ainsi l'absence d'un projet alternatif cr&#233;dible. C'est moins &#171; la droite &#187; qui triomphe que &#171; la gauche &#187; qui s'effondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc r&#233;sister, dans l'imm&#233;diat, pas &#224; pas, et accepter de s'engager dans le temps long. Cette r&#233;sistance passe par l'alliance la plus large avec toutes celles et tous ceux, et ils - elles sont nombreux-ses, qui pensent que l'&#233;galit&#233; vaut mieux que les in&#233;galit&#233;s, que les libert&#233;s individuelles et collectives doivent &#234;tre &#233;largies au maximum, que les discriminations conduisent au d&#233;sastre, que la domination conduit &#224; la guerre, qu'il faut sauvegarder la plan&#232;te. Cette bataille sur les valeurs passe par la remise en cause de l'h&#233;g&#233;monie culturelle du n&#233;olib&#233;ralisme, du capitalisme et de l'autoritarisme. Nous pouvons d&#233;montrer que r&#233;sister, c'est cr&#233;er. Pour chacune des r&#233;volutions inachev&#233;es, &#224; travers les mobilisations et les pratiques alternatives, nous pouvons lutter pour &#233;viter qu'elles ne soient instrumentalis&#233;es et ne servent &#224; renforcer le pouvoir d'une &#233;lite, ancienne ou nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es qui viennent serons sans aucun doute tr&#232;s difficiles et les conditions seront tr&#232;s dures. Mais, &#224; l'&#233;chelle d'une g&#233;n&#233;ration, rien n'est jou&#233;, tout devient possible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Cahiers de Prison, Cahiers 3, Ed. Gallimard Paris, 1983&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Climat : Nicolas Sarkozy, dangereux marchand de doute</title>
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&lt;p&gt;Climat : Nicolas Sarkozy, dangereux marchand de doute &lt;br class='autobr' /&gt;
En confirmant son virage climato-sceptique sur France 2 jeudi soir dans &#171; l'Emission politique &#187;, l'ex-pr&#233;sident vient de saper des dizaines d'ann&#233;es de p&#233;dagogie et d'information men&#233;es par les scientifiques et les ONG. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant un parterre de chefs d'entreprise, Nicolas Sarkozy a ni&#233; l'origine humaine du r&#233;chauffement climatique, consid&#233;rant qu'il fallait &#171; &#234;tre arrogant comme l'homme pour penser que c'est nous qui changions le climat...&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://78.site.attac.org/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Revue de presse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Climat : Nicolas Sarkozy, dangereux marchand de doute&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En confirmant son virage climato-sceptique sur France 2 jeudi soir dans &#171; l'Emission politique &#187;, l'ex-pr&#233;sident vient de saper des dizaines d'ann&#233;es de p&#233;dagogie et d'information men&#233;es par les scientifiques et les ONG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant un parterre de chefs d'entreprise, Nicolas Sarkozy a ni&#233; l'origine humaine du r&#233;chauffement climatique, consid&#233;rant qu'il fallait &#171; &#234;tre arrogant comme l'homme pour penser que c'est nous qui changions le climat &#187;. Un virage climato-sceptique confirm&#233; sur France 2 jeudi soir dans &#171; l'Emission politique &#187;. N'en d&#233;plaise &#224; l'ancien chef de l'Etat, les syst&#232;mes d'observation du climat, d&#233;ploy&#233;s aux quatre coins de la plan&#232;te, ne sont pourtant pas &#171; arrogants &#187;. Avec constance, les satellites, les syst&#232;mes de mesure au sol, sur mer, en avion ou en ballon, enregistrent les donn&#233;es essentielles qui permettent de d&#233;crire l'&#233;volution du climat. Le constat est clair. Les mesures sont fiables. Indiscutables. &#171; Sans &#233;quivoque &#187; et &#171; sans pr&#233;c&#233;dent &#187;, selon les termes du GIEC, le r&#233;chauffement climatique est d'origine anthropique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point d'arrogance ici. Tout ceci, on le sait. L'accumulation des e ?tudes, des rapports et des donne ?es permet juste d'affiner l'analyse, d'en pre ?ciser les effets. Et d'accentuer le message d'urgence, tant les conse ?quences des de ?re ?glements climatiques se font, chaque anne ?e passant, plus durement sentir : notre printemps exceptionnellement pluvieux, notre &#233;t&#233; exceptionnellement chaud, et le flot des r&#233;fugi&#233;s climatiques jet&#233;s sur la route par ces d&#233;r&#232;glements globaux ne nous le rappellent-ils pas au quotidien ? C'est donc au m&#233;pris de la communaut&#233; scientifique et de savoirs accumul&#233;s depuis des dizaines d'ann&#233;es que Nicolas Sarkozy fait naufrage sur les rives dangereuses, mais vou&#233;es &#224; dispara&#238;tre sous la mont&#233;e des eaux, des &#171; marchands de doute &#187; (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces politiques, e ?conomiques et me ?diatiques qui nient le re ?chauffement climatique, ou son caracte ?re anthropique, ont d'ailleurs r&#233;cemment perdu beaucoup du terrain. Jusqu'&#224; la d&#233;claration de Nicolas Sarkozy, elles avaient quasiment disparu en Europe. Elles semblaient e ?galement en perte de vitesse aux E ?tats-Unis o&#249; l'accumulation de catastrophes climatiques a conduit de nombreux Am&#233;ricains &#224; abandonner leur position climato-sceptique. Tony Abbott (Australie) et Stephen Harper (Canada), climato-sceptiques notoires, ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s du pouvoir. Avec ses d&#233;clarations, Sarkozy rejoint donc Donald Trump dans un cercle de plus en plus r&#233;duit de chefs d'Etat ou candidats au poste supr&#234;me qui nient l'&#233;vidence scientifique et s'accrochent &#224; leur id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pr&#233;f&#233;rerais qu'on parle d'un sujet plus important &#187; dit Nicolas Sarkozy, &#224; propos de ce qu'il appelle &#171; le choc d&#233;mographique &#187;, choc dont &#171; l'homme &#187; serait &#171; directement responsable &#187;. Un &#171; choc d&#233;mographique &#187; mis en avant pour &#233;carter &#171; l'urgence climatique &#187; des priorit&#233;s. Rien de mieux que la croissance d&#233;mographique des pauvres pour disculper les riches de leurs propres responsabilit&#233;s : ne sont-ce pas les pays asiatiques et africains les plus peupl&#233;s, aujourd'hui, et demain plus encore ? N'est-il pas plus ais&#233; d'imaginer introduire un contr&#244;le de la natalit&#233; dans les pays pauvres plut&#244;t que chercher &#224; r&#233;duire nos propres &#233;missions de gaz &#224; effet de serre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel raisonnement, aussi &#233;cul&#233; que fallacieux, fait mouche chez celles et ceux qui refusent de voir les donn&#233;es en face : faut-il rappeler que l'Afrique &#233;met &#224; peine 3,3% des &#233;missions mondiales &#8211; moins que le Japon pour une population 10 fois plus importante &#8211; et qu'un habitant du Nig&#233;ria &#233;met en moyenne 10 fois moins qu'un habitant de la France, et 34 fois moins qu'un habitant des Etats-Unis ? Soyons pr&#233;cis : rien n'emp&#234;che d'agir pour que les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre &#8211; et plus largement l'empreinte &#233;cologique - des pays du Sud n'explosent pas. Mais le plus s&#251;r moyen d'y parvenir n'est pas de st&#233;riliser les pauvres, mais bien de s'assurer que le mode de vie occidental, insoutenable, ne soit pas &#233;tendu aux quatre coins du globe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se distinguer au cours d'une primaire de droite qui semble autoriser tous les mensonges, Nicolas Sarkozy mobilise deux figures argumentatives classiques de la rh&#233;torique r&#233;actionnaire mise en &#233;vidence par Hirschman (2) : l'inanit&#233; (futility) du caract&#232;re anthropique du r&#233;chauffement climatique et la mise en p&#233;ril (jeopardy) &#224; travers le &#171; choc d&#233;mographique &#187; qui serait ignor&#233;. Il ne manque que l'effet pervers (perversity) pour r&#233;unir toutes les figures simplistes et vici&#233;es d'une rh&#233;torique qui vise &#224; disqualifier, ici, une communaut&#233; scientifique dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle strat&#233;gie n'est gu&#232;re surprenante tant le ph&#233;nom&#232;ne du r&#233;chauffement climatique percute nos certitudes, les valeurs occidentales et notre syst&#232;me &#233;conomique. Nicolas Sarkozy cherche &#224; insinuer le doute pour refuser de prendre &#224; bras-le-corps les cons&#233;quences politiques, &#233;conomiques et mat&#233;rielles de l'entr&#233;e dans l'anthropoc&#232;ne, cette nouvelle &#232;re g&#233;ologique o&#249; l'histoire courte des soci&#233;t&#233;s humaines se trouve inextricablement lie ?e a ? l'histoire longue de la plane ?te Terre. Une strat&#233;gie bien commode donc pour qui ne veut pas modifier en profondeur ses comportements et les soubassements mat&#233;riels de notre (mal)d&#233;veloppement qui conduisent &#224; ce qu'&#224; peine 20 % de la population mondiale consomme 80 % des ressources, g&#233;n&#233;rant l'essentiel du r&#233;chauffement climatique mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce constat, d&#233;coule l'objectif que nous devons poursuivre : partager &#233;quitablement le g&#226;teau de notre budget carbone plan&#233;taire. C'est &#224; dire poursuivre un patient et (trop) lent travail visant &#224; r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s et d&#233;carboner l'&#233;conomie mondiale. Pour que l'ensemble de la population mondiale ait acc&#232;s &#224; une vie digne tout en respectant les limites plan&#233;taires et climatiques, la seule voie qui permettrait de respecter l'article 2 de l'Accord de Paris qui enjoint les Etats &#224; tout faire pour contenir le r&#233;chauffement climatique en de&#231;&#224; de 2&#176;C, et id&#233;alement en de&#231;&#224; de 1,5&#176;C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la COP21, les propos tenus par Nicolas Sarkozy devraient le disqualifier irr&#233;m&#233;diablement aux yeux de l'opinion et des commentateurs de la vie politique, lui qui vient de saper des dizaines d'ann&#233;es de p&#233;dagogie et d'information men&#233;es par les scientifiques et les ONG. Plut&#244;t qu'insinuer le doute pour esquiver le d&#233;bat sur les transformations n&#233;cessaires, les candidats &#224; la pr&#233;sidentielle seraient bien avis&#233;s de s'assurer que l'ensemble de leurs propositions en mati&#232;re &#233;conomique, urbanistique, agricole, etc. tiennent compte de l'imp&#233;ratif climatique. Les turpitudes politiques pass&#233;es, coupl&#233;es &#224; l'irresponsabilit&#233; des multinationales du secteur des combustibles fossiles, nous on fait perdre plus d'une g&#233;n&#233;ration d'action publique ambitieuse sur le climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons plus de temps &#224; perdre. Il en va de notre avenir. Et d'une campagne pr&#233;sidentielle qui ne vire pas &#224; la caricature mais qui s'occupe des grands d&#233;fis du XXIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Conway Erik et Oreskes Naomi, Les marchands de doute, &#233;d Le Pommier, coll. &#171; Essais et documents &#187;, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Hirschman, A.O., 1991. Deux si&#232;cles de rh&#233;torique r&#233;actionnaire, Paris, Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signataires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stefan Aykut, politiste et sociologue des sciences, co-auteur de Gouverner le climat ?, (Presses de Sciences Po), Genevi&#232;ve Azam, &#233;conomiste, co-auteur de Crime Climatique Stop ! L'appel de la soci&#233;t&#233; civile (Seuil), Christophe Bonneuil, historien des sciences, co-auteur de L'&#233;v&#232;nement anthropoc&#232;ne, (Seuil), Val&#233;rie Cabannes, auteur de Un nouveau Droit pour la Terre, pour en finir avec l'&#233;cocide, (Seuil), Maxime Combes, Economiste, auteur de Sortons de l'&#226;ge des fossiles ! Manifeste pour la transition, (Seuil), Fran&#231;ois Gemenne, politiste, co-auteur de l'Atlas des migrations environnementales, (Presses de Sciences Po), Nicolas Haeringer Auteur de Z&#233;ro fossile, D&#233;sinvestir du charbon, du gaz et du p&#233;trole pour sauver le climat, (Les Petits Matins), Jean Jouzel, ancien Vice Pr&#233;sident du groupe scientifique du GIEC.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Daesh nous emp&#234;che de voir que la question majeure est politique &#187;</title>
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&lt;p&gt;&#171; Daesh nous emp&#234;che de voir que la question majeure est politique &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le psychanalyste Roland Gori, les auteurs des r&#233;cents attentas sont les monstres du n&#233;olib&#233;ralisme. Daesh, estime-t-il, est l'arbre qui cache une crise politique profonde et sans issue imm&#233;diate, et qu'il devra pourtant falloir r&#233;gler pour &#233;radiquer ce terrorisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Politis : Comment analysez-vous ce qu'il s'est pass&#233; &#224; Nice la semaine derni&#232;re ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Roland Gori : La prudence serait de dire qu'on ne sait pas. Que l'on a...&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Daesh nous emp&#234;che de voir que la question majeure est politique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le psychanalyste Roland Gori, les auteurs des r&#233;cents attentas sont les monstres du n&#233;olib&#233;ralisme. Daesh, estime-t-il, est l'arbre qui cache une crise politique profonde et sans issue imm&#233;diate, et qu'il devra pourtant falloir r&#233;gler pour &#233;radiquer ce terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politis : Comment analysez-vous ce qu'il s'est pass&#233; &#224; Nice la semaine derni&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Gori : La prudence serait de dire qu'on ne sait pas. Que l'on a besoin de temps pour pr&#233;ciser les donn&#233;es &#224; recueillir par des enqu&#234;tes, et de temps pour une analyse multidimensionnelle mobilisant la pens&#233;e. Nous avons besoin de temps pour penser ce qui nous arrive, et comment nous en sommes arriv&#233;s l&#224;. Nous avons besoin de comprendre ce qui rapproche chacun de ces meurtres de masse et ce qui les diff&#233;rencie les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Politis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Gori est psychanalyste et professeur &#233;m&#233;rite de psycho&#172;pathologie clinique &#224; l'universit&#233; d'Aix-Marseille. En janvier 2009, il a initi&#233; l'Appel des appels &#8211; une coordination de mouvements issus des secteurs du soin, de la recherche, de l'&#233;ducation, du travail social, de la culture&#8230; - dont le but est de f&#233;d&#233;rer une multitude d'acteurs critiquant l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale et ses cons&#233;quences sur les services publics notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l'auteur de plusieurs ouvrages de r&#233;f&#233;rence : L'Appel des appels. Pour une insurrection des consciences, Paris, Mille et Une Nuits-Fayard, 2009 ; La Fabrique des imposteurs, Les Liens qui Lib&#232;rent, 2013 ; et, plus r&#233;cemment, L'Individu ingouvernable, Les Liens qui Lib&#232;rent, 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
Globalement, nous r&#233;agissons trop vite. Ce qui peut &#234;tre justifi&#233;, en mati&#232;re de protection, de s&#233;curit&#233; ou d'assistance, ne l'est plus en termes d'information ou d'analyse. Or, les dispositifs d'information et d'analyse sont eux-m&#234;mes atteints, corrompus par les d&#233;rives de la &#171; soci&#233;t&#233; du spectacle &#187;, du &#171; fait divers &#187; qui permet la marchandisation des &#233;motions et des concepts. Cela n'est pas acceptable moralement et politiquement car cela d&#233;truit aujourd'hui les bases sur lesquelles se fondent nos soci&#233;t&#233;s et participe &#224; fabriquer les trag&#233;dies que nous traversons. C'est le fonds de commerce de nos ennemis et de leurs alli&#233;s objectifs, et de leurs comparses involontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la responsabilit&#233; des m&#233;dias ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias ont une grande responsabilit&#233; dans cette affaire : ils participent &#224; la &#171; star acad&#233;misation &#187; de passages &#224; l'acte criminel, pour certains immotiv&#233;s &#8211; au sens quasi-psychiatrique du terme &#8211; r&#233;alis&#233;s par des personnalit&#233;s plus ou moins pathologiques n'ayant aucun rapport personnel avec leurs victimes. Ce qui ne veut pas dire que tous ces meurtres rel&#232;vent de la m&#234;me &#233;conomie, que tous sont commis par des psychopathes ou des psychotiques. Certains sont authentiquement politiques, d'autres appartiennent au fanatisme &#171; religieux &#187;, d'autres encore aux r&#233;seaux &#171; mafieux &#187; qui a fait du terrorisme l'occasion de nouvelles affaires rentables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habillage id&#233;ologique ou religieux est plus ou moins d&#233;cisif, d&#233;terminant selon les cas : entre les massacres de Charlie, ceux de l'hypercasher, ceux du Bataclan, de Nice ou l'agression des passagers d'un train en Bavi&#232;re, les motivations ne sont pas les m&#234;mes. Daesh &#171; ramasse &#187; tout, cela sert son entreprise de d&#233;stabilisation de l'Occident en frappant le &#171; ventre mou &#187; de l'Europe, en esp&#233;rant ainsi favoriser les tensions intercommunautaires. C'est l'appel &#224; la guerre civile lanc&#233; par Abu Musad Al Suri en 2005 : appel &#224; la r&#233;sistance islamiste mondiale mobilisant toutes les populations musulmanes afin de frapper les juifs, les occidentaux, les apostats, l&#224; o&#249; ils se trouvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce moment-l&#224;, tout crime, tout meurtre qui pourrait &#234;tre &#171; marqu&#233; &#187; par un signe d'appartenance communautaire, se voit recycl&#233; comme &#171; combustible &#187; made in Daesh. Cela fait partie de la strat&#233;gie de ce groupe et de sa propagande. Nous risquons de valider leur campagne de terreur en donnant une unit&#233; et une consistance &#224; des myriades d'actions plus ou moins inspir&#233;es par le terrorisme djihadiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Politis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;clarant d'embl&#233;e que le tueur de Nice &#233;tait reli&#233; &#224; Daesh, Fran&#231;ois Hollande a donc commis une erreur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;clarations de Fran&#231;ois Hollande (et de sa suite), au moment de l'horreur ni&#231;oise, me sont apparues pr&#233;matur&#233;es et dangereuses. Hollande pourrait tomber &#224; pieds joints dans le pi&#232;ge tendu par Daesh : d'abord en relayant et en validant une propagande qui veut que tout meurtre de masse soit le fruit de l'embrigadement de l'organisation terroriste. La radicalisation d'une personnalit&#233; apparemment aussi trouble que celle du tueur de Nice, ses addictions et ses violences, sa bisexualit&#233; et son alcoolisme solubles en peu de temps dans le &#171; radicalisme religieux &#187; au service d'un &#171; terrorisme de proximit&#233; &#187;, me laissent perplexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, en annon&#231;ant que les frappes sur le terrain ext&#233;rieur allaient redoubler, Hollande donne du grain &#224; moudre &#224; tous ceux qui veulent se venger de l'arrogance occidentale, des pratiques de maintien de l'ordre des anciens colonisateurs. Il valide le discours de propagande des salafistes qui ont suivi la voie du djihad. Qu'un pr&#233;sident soit, en son &#226;me et conscience politiques, appel&#233; &#224; ordonner des op&#233;rations militaires, pourquoi pas&#8230; Il devra rendre des comptes de sa d&#233;cision au parlement et au peuple. Mais, qu'il l'annonce comme cela, dans un effet d'annonce en r&#233;action aux crimes de masse, &#231;a ne me semble ni politique, ni productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'avez-vous pens&#233; de la r&#233;action des (autres) politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est normal qu'en tant que victime, parent de victime, vox populi, nous soyons submerg&#233;s par la haine, le d&#233;sir de vengeance, la douleur et la violence d'une tristesse infinie qui nous donne des envies de meurtres et de vengeances. C'est autre chose que les politiques aillent dans ce sens de l'&#233;motion imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les politiques, et les d&#233;clarations de l'opposition, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, ne se sont pas davantage montr&#233;s &#224; la hauteur. Les morts, les victimes et leurs familles, m&#233;ritaient mieux. C'est encore aupr&#232;s du peuple, de ceux qui ont &#233;t&#233; l&#224;, anonymes, discrets, humains, qu'ils ont trouv&#233; le langage, la pr&#233;sence, l'amour dont ils avaient besoin. La star acad&#233;misation des criminels (je suis d'accord avec la proposition de mon coll&#232;gue et ami, Fethi Benslama, dans Le Monde, d'&#171; anonymiser &#187; davantage les auteurs des meurtres de masse, ou du moins d'&#233;viter de les rendre &#171; c&#233;l&#232;bres &#187;) et toutes les manifestations spectaculaires sont d&#233;plac&#233;es. Elles vont dans le sens de l'ennemi, si ennemi il y a derri&#232;re chacun de ses meurtres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, soyons prudent : Daesh essaiera de r&#233;cup&#233;rer tout meurtre qui participerait, &#224; plus ou moins grande distance, &#224; son projet et nourrit sa propagande, ceux qu'il a organis&#233;s, ceux qu'il a inspir&#233;s&#8230; et les autres. Ne lui servons pas la soupe. `&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me vient aussi une analogie que je vous livre : au cours de la schizophr&#233;nie, il y a l'apparition, parfois, d'un d&#233;lire, celui de la &#171; machine &#224; influencer &#187;. C'est-&#224;-dire la conviction d&#233;lirante chez le patient que ce qui se passe dans son corps (sensations, &#233;ruptions, douleurs, &#233;rections&#8230;) est &#171; fabriqu&#233; &#187; par une machine que manipulent des pers&#233;cuteurs pour le faire souffrir. L'&#233;mergence de ce type de d&#233;lire s'est souvent enrichi des d&#233;couvertes technologiques, et leur sont parfois contemporaines. Dans ce cas-l&#224;, va-t-on accuser la machine ou la maladie mentale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie est bien souvent une &#171; machinerie &#187; qui permet &#224; beaucoup de monde de &#171; fonctionner &#187;, et de combler le vide de l'existence. Il ne suffit pas de supprimer les &#171; machines &#187; pour faire dispara&#238;tre l'usage que nous en faisons. Mais il y a des machines plus dangereuses que d'autres, c'est celles dont nous devons nous pr&#233;occuper en priorit&#233; pour savoir quels besoins les ont fait na&#238;tre, et pourquoi c'est aujourd'hui qu'elles trouvent un &#171; personnel &#187; pour les faire tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traiter politiquement le probl&#232;me, et pas en r&#233;agissant imm&#233;diatement &#224; l'&#233;motion. En allant dans la direction de l'&#233;motion, de la vox populi, Hollande signe la d&#233;mission du politique, et &#231;a, c'est tr&#232;s grave. La politique, ce n'est pas suivre les vagues de l'opinion publique terroris&#233;e, mais les &#233;clairer, les aider &#224; penser ces trag&#233;dies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, il faut laisser le temps de l'enqu&#234;te et essayer de comprendre ce qui nous arrive. M&#234;me si Daesh revendique les attentats &#8211; &#224; Nice ou encore en Bavi&#232;re, avec ce gar&#231;on de 17 ans qui a agress&#233; des gens dans un train avec une hache &#8211;, rien n'exclut que cela ne soit pas une revendication opportuniste. Daesh a tout int&#233;r&#234;t &#224; &#171; ramasser &#187; tous les crimes o&#249; peuvent exister, m&#234;me a minima, des tensions intercommunautaires puisque cette lutte djihadiste d'un genre nouveau fait l'&#233;loge d'une esp&#232;ce de guerre civile &#224; l'int&#233;rieur de l'Occident, et en particulier en Europe. C'est son fonds de commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daesh utilise les armes de l'adversaire : les m&#233;dias, les vid&#233;os, les sites des jeunes&#8230; C'est sa force, mais aussi sa faiblesse, puisque cela va conduire les terroristes &#224; revendiquer des actes venant de personnalit&#233;s peu &#171; orthodoxes &#187; et qui vont donc agir en contradiction avec les valeurs port&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'archipel &#171; terroriste &#187; tire sa force de son &#233;parpillement, de sa mobilit&#233;, de son caract&#232;re prot&#233;iforme et opportuniste, mais dans le temps cela peut devenir sa faiblesse_. Comme tout archipel, il risque la dispersion, la fragmentation, l'&#233;rosion. Allez expliquer aux populations martyris&#233;es par Daesh &#8211; et parfois administr&#233;es avec rigueur et habilet&#233;, toujours avec opportunisme affairiste et cruaut&#233; extr&#234;me &#8211; qu'&#224; Mossoul on passe les homosexuels par les balcons, et qu'&#224; Nice on les transforme en &#171; _soldat &#187; du &#171; califat &#187; ! Qu'&#233;couter de la musique, c'est sacril&#232;ge &#224; Raqqa et n&#233;cessaire aux &#171; soldats &#187; pour pr&#233;parer la propagande d'embrigadement des jeunes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les id&#233;ologies finissent par se discr&#233;diter du fait que leurs plus chauds responsables n'agissent pas comme ils disent, et ne disent pas comme ils agissent. Inutile d'en appeler &#224; la raison pour &#171; d&#233;-radicaliser &#187; (j'ai horreur de ce mot, faux-ami s'il en est !) &#8230; Il faut montrer, et montrer encore les contradictions. Et ne pas oublier, comme disait Marx, qu'&#171; &#234;tre radical c'est prendre les choses &#224; la racine &#187;. Alors, soyons radicaux !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Politis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez parl&#233; de &#171; th&#233;ofascisme &#187; pour d&#233;signer Daesh, que voulez-vous dire par l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la th&#232;se que je d&#233;fends avec force : je crois que les th&#233;ofascismes sont les monstres que nous avons fabriqu&#233;s. Notre mod&#232;le de civilisation est aujourd'hui en panne. La bonne nouvelle, c'est que la vision n&#233;olib&#233;rale de l'humain est agonisante, moralement ruin&#233;e, qu'elle n'est plus cr&#233;dible. La mauvaise nouvelle, c'est que son agonie dure. C'est la d&#233;finition que Gramsci donnait de la &#171; crise &#187; : &#171; c'est quand le vieux monde est en train de mourir, et que le nouveau monde tarde &#224; naitre. Dans ce clair-obscur, naissent les monstres &#187;. Nous y sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale d'un homme &#171; entrepreneurial &#187; universel, guid&#233; par sa raison technique et son int&#233;r&#234;t &#233;conomique, r&#233;gul&#233; par le march&#233; et le droit occidental mondialis&#233;, ne fait plus recette aupr&#232;s des masses. Ce vieux monde les a appauvries et les fait souffrir tous les jours davantage. Ce n&#233;olib&#233;ralisme ne se maintient que par les structures institutionnelles de pouvoir, que par les affaires interconnect&#233;es de mani&#232;re syst&#233;mique, par les politiques des gouvernements acquis &#224; cette cause. Mais les peuples n'en veulent plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, comme dans l'entre-deux-guerres, aujourd'hui renaissent des &#171; mouvements &#187; de masse, nationalistes, populistes, racistes&#8230; qui cherchent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment une alternative au monde &#171; lib&#233;ral-universel des droits de l'homme-du progr&#232;s-de la raison &#187; de cette &#171; religion du march&#233; &#187; aux rites de laquelle on soumet les citoyens et les peuples. Mais ils n'en veulent plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes gouvern&#233;s aujourd'hui, comme le disait Camus, par des machines et des fant&#244;mes. Dans ce clair-obscur, surgissent toutes les angoisses. Angoisses du chaos, de l'an&#233;antissement r&#233;ciproque, des incendies universels. Surgissent toutes les mis&#232;res aussi, &#233;conomiques, symboliques, du d&#233;classement, de l'invisibilit&#233;. Enfin, toutes les passions enfant&#233;es par la haine et la peur. L&#224; o&#249; Hollande a raison, c'est qu'il y a un risque de dislocation. Pas seulement de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, mais de plusieurs r&#233;gions du monde, et en particulier de l'Europe. C'est de ces failles, sismiques, qu'&#233;mergent Daesh, les populismes, les racismes, le FN et consorts&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous les mettez tous sur le m&#234;me plan ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit &#233;merger des mouvements violents, habill&#233;s de religion ou de marqueurs communautaires ou ethniques, qui captent la col&#232;re et le d&#233;sespoir des masses face &#224; cette crise de gestion n&#233;olib&#233;rale du monde. C'est, &#224; la fois, une crise des pratiques n&#233;olib&#233;rales qui vivent sur une &#233;conomie subprime, et des valeurs d&#233;sormais en chute libre d'un capitalisme heureux. Les gens ne sont plus &#171; croyants &#187; de cette &#171; religion de march&#233; &#187;, et on leur demande de demeurer &#171; pratiquants &#187;, et d'accepter de souffrir l'aust&#233;rit&#233; pour m&#233;riter le paradis promis par la technocratie. R&#233;sultat : vous avez le Brexit, dont ceux-l&#224; m&#234;mes qui l'ont promu, ne savent plus quoi faire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai souvent dit que cette &#233;mergence des th&#233;ofascismes pouvait ressembler &#224; ce qui avait pu se passer &#224; la fin du XIXe si&#232;cle et au milieu des ann&#233;es 1920-1930, avec l'&#233;mergence des fascismes, du nazisme, des totalitarismes, lorsque, face &#224; la crise des valeurs et des pratiques lib&#233;rales, les masses se sont trouv&#233;es confront&#233;es &#224; une situation politique sans solution politique possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224; aussi, face aux masses d&#233;s&#339;uvr&#233;es et esseul&#233;es, des mouvements de masse ont &#233;merg&#233;, port&#233;s par des minorit&#233;s audacieuses, violentes, organis&#233;es, capables, au nom du nationalisme, du racisme, des valeurs populistes les plus d&#233;brid&#233;es, de contr&#244;ler et d'encadrer des individus d&#233;boussol&#233;s, des individus de masse. Dans ce qu'Hannah Arendt nomme le &#171; d&#233;sert &#187;, tout ce qui pouvait relier les humains entre eux - la religion, la politique, la culture, l'amiti&#233; -, se voyait menac&#233; par les crises, &#233;conomiques et symboliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce vide, diff&#233;rent et relatif selon les &#233;poques, bien s&#251;r, l'angoisse de l'avenir et du devenir conduisait &#224; chercher des rep&#232;res et des identifications fusionnelles aux camarades des partis que les appareils organisaient de mani&#232;re habile et drastique. Ces r&#233;volutions conservatrices sont n&#233;es des contradictions entre les belles id&#233;es lib&#233;rales issues des Lumi&#232;res (croyance dans la raison critique et le progr&#232;s, &#233;mancipation par le commerce, r&#233;duction de la mis&#232;re par la technique et l'industrie&#8230;) et les pratiques des gouvernements &#171; lib&#233;raux &#187; bourgeois (les in&#233;galit&#233;s sociales, l'inf&#233;odation au commerce, le ch&#244;mage de masse, la d&#233;saffiliation des individus de leurs liens familiaux&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Politis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu de mani&#232;re &#233;clatante avec l'&#232;re Sarkozy !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique s&#233;curitaire n&#233;olib&#233;rale port&#233;e notamment par Nicolas Sarkozy &#8211; qui a beau jeu d&#233;sormais de trouver &#224; redire sur la politique de s&#233;curit&#233; actuelle ! &#8211; a elle-m&#234;me cass&#233; les effectifs de s&#233;curit&#233; (gendarmerie, arm&#233;e, police). Voil&#224; des larmes de crocodile de nos conservateurs qui ont exig&#233; la casse des services publics qui assuraient, en r&#233;alit&#233;, la s&#233;curit&#233; autrement que de mani&#232;re s&#233;curitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En maintenant et en fabriquant le lien social, ce lien qui produit un sentiment de s&#233;curit&#233; tr&#232;s important &#8211; on voit bien comment en jouant sur les &#233;motions, la peur, on risque de faire basculer la d&#233;mocratie vers n'importe quel ordre autoritaire et totalitaire &#8211; on produit une s&#233;curit&#233; r&#233;elle. &#192; partir du moment o&#249; les gens sont ensemble, sont bien soign&#233;s, sont &#233;duqu&#233;s, sont accueillis, bref o&#249; on les aide &#224; vivre ensemble par les services publics, il y a un terreau de la s&#233;curit&#233; que le paradigme de la logique d'aust&#233;rit&#233; et du mod&#232;le de l'homme &#233;conomique ont d&#233;truit toutes ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra aussi faire ce bilan, et savoir combien de vies g&#226;ch&#233;es a pu produire cette aust&#233;rit&#233; dont les Europ&#233;ens ne veulent plus. &#192; s'obstiner dans cette technocratie qui place les citoyens et les peuples sous curatelle technico-financi&#232;re, les politiques jouent la politique du pire, celle de Daesh, comme celle des extr&#234;mes droites, et finiront par &#234;tre eux-m&#234;mes emport&#233;s par les monstres qu'ils ont cr&#233;&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une piste de r&#233;solution serait donc de changer le syst&#232;me &#233;conomico-politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, sauf qu'il n'y a pas de r&#233;solution imm&#233;diate. On n'a pas de kit pour changer de civilisation. L&#224; encore, nous cherchons toujours trop vite des solutions face &#224; des probl&#232;mes multidimensionnels qui ont une temporalit&#233; complexe. Il faut envisager des mesures avec des temporalit&#233;s diff&#233;renci&#233;es : peut-&#234;tre que les mesures s&#233;curitaires sont n&#233;cessaires, je ne sais pas, je ne prendrai jamais le risque de les dire inutiles simplement par choix id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est grave, beaucoup plus qu'on ne le dit. Mais je suis s&#251;r d'une chose, c'est que ces mesures de surveillance sont insuffisantes. Cela ne suffira pas, si ces mesures ne sont pas accompagn&#233;es d'autre chose, de mesures authentiquement politiques, sociales et culturelles_._ &#192; demeurer au seul niveau de la veille et de la protection s&#233;curitaires, nous finirions par tomber dans le pi&#232;ge de notre ennemi en changeant insidieusement de civilisation et de mani&#232;res de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il ne faut pas que Daesh nous cache les autres p&#233;rils : la mont&#233;e du FN, la tentation des extr&#234;mes, le repli frileux sur nous-m&#234;me. Et que le probl&#232;me Daesh nous emp&#234;che de voir que la question majeure, c'est que nous n'arrivons pas &#224; trouver d'alternative politique qui nous permette de transformer les frustrations et les col&#232;res des citoyens en force politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche en est-elle aujourd'hui capable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant non. Elle n'est pas capable d'offrir un projet politique cr&#233;dible &#224; des masses en col&#232;re et d&#233;sesp&#233;r&#233;es. A nouveau, nous nous trouvons devant une crise politique que paradoxalement nos institutions et nos politiques se refusent &#224; traiter par des mesures politiques, qu'elles abordent comme des probl&#232;mes techniques sans changer de logiciel. R&#233;sultat des courses : en emp&#234;chant le traitement politique d'une crise politique, on pr&#233;cipite le peuple dans les bras de tous ceux qui ressemblent &#224; du politique parce qu'ils sont anti-syst&#232;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparaison n'est pas raison, mais cette situation ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; ce que Simone Weil d&#233;crivait de la situation en Allemagne en 1932-33. Les masses vont chercher ailleurs que dans les partis traditionnels des d&#233;mocraties lib&#233;rales des points d'appui pour s'extraire de leur d&#233;sespoir. Que ce soit dans la notion de communaut&#233; religieuse ou ethnique ou autre, la renaissance politique de ces notions s'explique par les failles du syst&#232;me qui conduiront, &#224; terme, &#224; sa dislocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Politis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du politique nous revient donc paradoxalement par le religieux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, alors m&#234;me qu'&#224; certaines p&#233;riodes de notre histoire, il en &#233;tait le repoussoir. C'est sur les ruines des nationalismes du monde arabo-musulman que renaissent les islamismes politiques et terroristes qu'il ne faut surtout pas confondre et amalgamer. Il y a tout un travail g&#233;n&#233;alogique et arch&#233;ologique &#224; faire de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, dont je pr&#233;cise, une fois encore, qu'il ne saurait &#233;puiser les racines des terrorismes actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ce qui me para&#238;t int&#233;ressant, c'est de remarquer que, faute d'id&#233;ologies politiques identifiables_, le motif religieux fait l'affaire pour nombre de propagandes &#171; _par l'acte &#187;, comme on le disait nagu&#232;re des anarchistes. Les id&#233;ologies avaient eu tendance &#224; remplacer les religions, aujourd'hui les motifs religieux tendent &#224; recouvrir des id&#233;ologies. Mais les pratiques tendent &#224; se maintenir, c'est toujours violence contre conscience, humanisme contre barbarie, Lumi&#232;res contre t&#233;n&#232;bres&#8230; mais, le clair-obscur brouille les pistes. On cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment le soleil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre travail consiste donc &#224; d&#233;masquer la question politique qui se cache derri&#232;re le religieux, le communautaire. Et ensuite, s'en saisir &#224; bras-le-corps. Ce qui veut dire qu'il faut signer l'acte de d&#233;c&#232;s du n&#233;olib&#233;ralisme, en urgence, en &#233;tat d'urgence. Qu'il faut absolument, par exemple, reconsid&#233;rer la fonction sociale de l'art comme du soin ou de l'&#233;ducation ou de la justice, et la fonction politique de la culture et de l'information. Il y a eu le &#171; pacte de stabilit&#233; &#187;, puis &#171; l_e pacte de s&#233;curit&#233;_ &#187;, il faut aujourd'hui &#171; le pacte d'humanit&#233; &#187;, et &#224; la mani&#232;re de Zweig approcher la libert&#233; moins comme une habitude que comme &#171; un bien sacr&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, cela implique, par exemple, de favoriser la &#171; fraternit&#233; europ&#233;enne &#187; en cassant la technocratie de Bruxelles et ses trait&#233;s qui mettent les peuples en concurrence et en servitude. Il faut une &#171; d&#233;sintoxication morale de l'Europe &#187; disait Zweig. Au risque de d&#233;sesp&#233;rer les peuples qui la composent. Si nos gouvernements ne sont pas capables de mettre un terme &#224; cette technocratie, on verra monter l'extr&#234;me droite en Europe, et les th&#233;ocraties ailleurs dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cela se fait-il que les politiques soient si inop&#233;rants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le politique a d&#233;sert&#233; la sp&#233;cificit&#233; de son champ. Hier, il l'a fait au profit de la religion du march&#233;. Aujourd'hui, il le fait au profit d'une soci&#233;t&#233; du spectacle. Les hommes politiques essaient de vendre dans leurs discours des produits qui leur permettent d'acqu&#233;rir un maximum de parts de march&#233; de l'opinion publique. Faisant cela, ils aggravent la crise. Ils ne sont pas cr&#233;dibles. Ils &#171; g&#232;rent &#187; les opinions et maintiennent, sans les contrebalancer, les pouvoirs des oligarques de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;motion terrible de cette semaine, comment voulez-vous que nous puissions croire autant le gouvernement que son opposition ? Il nous manque une parole politique, authentique, qui puisse faire un projet alternatif &#224; la myriade de mouvements autoritaires, extr&#233;mistes, terroristes. Bref, il manque une parole politique consistante qui puisse contrer la propagande des monstres n&#233;s de la crise. Il nous faut un discours vrai, le feu sacr&#233; du politique, qui enthousiasme et donne envie de se battre autant que de r&#234;ver, de s'aimer autant que de s'opposer sans se d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sinon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite a d&#233;j&#224; eu lieu : on a d&#233;j&#224; vu dans l'histoire, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, entre 1885 et 1914, l'&#233;mergence de mouvements nationalistes, populistes, antis&#233;mites en France et en Europe. Ils poussaient sur le reflux des valeurs des Lumi&#232;res, du progr&#232;s, du rationalisme. Le d&#233;clin de ces valeurs du lib&#233;ralisme philosophique favorise l'&#233;mergence de monstres politiques, comme le fascisme et le nazisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophe Simone Weil explique qu'en 1932-33, l'Allemagne s'est trouv&#233;e face &#224; une crise politique terrible, et qu'on a interdit aux gens de r&#233;soudre cette crise. Aujourd'hui, c'est moins l'interdiction que l'emp&#234;chement. La censure est indirecte, insidieuse, mais elle existe : nos logiciels inhibent la capacit&#233; politique d'inventer des alternatives. Dans les ann&#233;es 1930, l'alternative monstrueuse politique a &#233;t&#233; Hitler et les fascismes&#8230; Aujourd'hui, on a quelque chose d'analogue avec Daesh : une propagande incoh&#233;rente, un &#171; attrape-tout &#187; id&#233;ologique, des sentiments confus, une rhapsodie qui joue sur toutes les partitions de frustration et de m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Politis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on vraiment faire l'analogie entre Hitler et Daesh ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'a fait Hitler, en encadrant les masses, en leur donnant des boucs &#233;missaires face &#224; leurs sentiments de col&#232;re et d'humiliation, c'est de leur donner des raisons fallacieuses de vivre et de mourir pour des illusions de pacotille. Il n'emp&#234;che que des forces, m&#234;me minoritaires, surgies des t&#233;n&#232;bres, peuvent apporter la violence et l'an&#233;antissement. Aucune, ou presque, des mesures sociales promises par les nazis, n'ont &#233;t&#233; tenues, le r&#233;gime de propri&#233;t&#233; et les oligarchies industrielles et financi&#232;res se sont maintenues et accrues. Les classes sociales qui avaient cru &#233;viter le d&#233;clin, ont &#233;t&#233; cocufi&#233;es. Il y a eu des millions de morts, une nouvelle industrie de la terreur qui a rendu plus que jamais l'humain superflu et obsolescent, mati&#232;re premi&#232;re des techniques de production. Apr&#232;s la guerre, un vent humaniste a souffl&#233;. Il est retomb&#233;. Aujourd'hui, de nouveau on entend la col&#232;re et le d&#233;sespoir des opprim&#233;s. On finira par &#233;teindre le soleil et les &#233;toiles parce qu'ils ne nous versent pas de dividendes, aimait &#224; rappeler mon ami Bernard Maris, en citant John Keynes. Jusqu'&#224; quand laisserons-nous faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur quoi peut-on se fonder pour envisager une autre politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne peut se fonder que sur la r&#233;invention de l'humanisme. Une posture &#233;thico-politique, qui vise &#224; faire &#171; l'ontologie du pr&#233;sent &#187;, comme le dit Michel Foucault, pour essayer de voir ce qui, dans ce pr&#233;sent, brille comme un danger que l'histoire peut &#233;clairer. C'est ce d&#233;fi de la modernit&#233; que nous avons &#224; relever : replacer l'humain au centre, de mani&#232;re concr&#232;te, particuli&#232;re, pas de mani&#232;re universelle, r&#233;duit &#224; la monotonie, pas de mani&#232;re homog&#233;n&#233;is&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut relire aujourd'hui Stefan Zweig, notamment son livre sur Le Br&#233;sil, terre d'avenir, o&#249; il explique comment la cr&#233;ation d'une culture peut na&#238;tre de la cr&#233;olisation de l'ensemble des particularit&#233;s culturelles qui la composent. C'est l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne qui rend fort. La cr&#233;ation d'une v&#233;ritable identit&#233; culturelle passe par le creuset d'une culture qui fait fondre ensemble - par des alliages subtils -, bien des composants humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le politique, c'est &#224; cette pluralit&#233; qu'il a &#224; se confronter, pas parce qu'il en a besoin comme &#171; forces de travail &#187; &#224; exploiter, mais parce que c'est ainsi que se cr&#233;e un peuple_,_ sa force et son histoire. Il faut faire passer le message de la d&#233;sintoxication morale de l'Europe, qui doit passer par la R&#233;publique des Lettres, par la fraternit&#233; des cultures, des &#233;changes, des exp&#233;riences sensibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zweig dit qu'on devrait enseigner &#224; chaque nation son histoire, moins celle de ses conflits avec les autres nations, mais bien plut&#244;t ce que chacune d'entre elles doit aux autres pour &#234;tre aujourd'hui ce qu'elle est. Il s'agirait moins d'enseigner nos victoires et nos d&#233;faites, que nos dettes aux autres cultures. C'est en nous appropriant &#224; notre mani&#232;re singuli&#232;re ce que les autres nous ont apport&#233; que nous nous sommes cr&#233;&#233;s, que nous avons, comme l'&#233;crivait Camus, &#171; donn&#233; une forme &#224; notre destin &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Un v&#234;tement comme les autres &#187;&#8230; </title>
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&lt;p&gt;Le propre des &#233;poques de transition comme la n&#244;tre, de trouble et d'incertitude quand un vieux monde se meurt lentement et qu'un nouveau monde tarde &#224; na&#238;tre, c'est la perte des rep&#232;res les plus &#233;l&#233;mentaires. Et notamment l'oubli des libert&#233;s fondamentales&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces libert&#233;s fondamentales pour lesquelles, depuis 1789 (puis 1830, 1848, 1871, 1898, 1936, 1944, 1968&#8230; pour ne prendre que les dates de surgissement des r&#233;voltes cr&#233;atrices), notre peuple s'est battu contre des pouvoirs qui servaient...&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://78.site.attac.org/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Revue de presse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le propre des &#233;poques de transition comme la n&#244;tre, de trouble et d'incertitude quand un vieux monde se meurt lentement et qu'un nouveau monde tarde &#224; na&#238;tre, c'est la perte des rep&#232;res les plus &#233;l&#233;mentaires. Et notamment l'oubli des libert&#233;s fondamentales&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces libert&#233;s fondamentales pour lesquelles, depuis 1789 (puis 1830, 1848, 1871, 1898, 1936, 1944, 1968&#8230; pour ne prendre que les dates de surgissement des r&#233;voltes cr&#233;atrices), notre peuple s'est battu contre des pouvoirs qui servaient les puissants et les dominants, au service en somme des injustices sociales. Parmi ces principes, qui sont ceux d'une R&#233;publique d&#233;mocratique et sociale, il y a la libert&#233; individuelle : l'&#233;galit&#233; de droits pour toutes et tous, sans distinction d'origine, de condition, d'apparence ou de croyance, de sexe ou de genre, dont la seule limite est de ne pas imposer aux autres sa propre loi, celle d'une id&#233;ologie (politique) ou d'un dogme (religieux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi sur une plage, chacun d'entre nous peut penser ce qu'il veut des postures choisies par les autres estivants (selon leurs cultures, leurs convictions, leurs religions, etc.), mais aucun d'entre nous n'a le droit d'imposer autoritairement aux autres son choix &#224; la mani&#232;re d'un uniforme obligatoire. Ainsi, de m&#234;me que je m'opposerai demain de toutes mes forces &#224; un pouvoir qui obligerait les femmes &#224; couvrir leur corps dans l'espace public, de m&#234;me je m'oppose aujourd'hui &#224; ce qu'on interdise sur les plages une tenue qui les couvre parce qu'elle serait li&#233;e &#224; une religion. Dans les deux cas, nous c&#233;dons nos libert&#233;s individuelles au profit d'une logique autoritaire et discriminatoire qui, dans le premier cas, vise les femmes en continuant d'en faire une minorit&#233; politique opprim&#233;e et, dans le second cas, vise les musulmanes en les constituant comme minorit&#233; &#224; exclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; ne se divise pas, et elle est donc aussi celle de ceux dont nous ne partageons pas les id&#233;es ou les pr&#233;jug&#233;s. &#192; condition, &#233;videmment, qu'ils ne cherchent pas, &#224; leur tour, &#224; nous les imposer autoritairement &#8211; et ce n'est certes pas le cas de ces femmes musulmanes qui, comme en t&#233;moignent nombre de reportages, vont v&#234;tues &#224; la plage en compagnie d'amies aussi d&#233;v&#234;tues qu'on peut l'&#234;tre, affichant ainsi la diversit&#233; et la pluralit&#233; qui anime les musulmans de France. Faut-il rappeler &#224; nos intol&#233;rants d'aujourd'hui qu'en 1905, lors du vote sur la loi de s&#233;paration des &#233;glises et de l'&#201;tat, certains r&#233;publicains conservateurs voulurent faire interdire le port de la soutane dans l'espace public ? Et qu'&#233;videmment, Aristide Briand (qui portait la loi, fermement soutenu par Jean Jaur&#232;s) s'y opposa au nom de la libert&#233;, celle d'afficher ses opinions (donc aussi sa croyance), avec le soutien de tous les r&#233;publicains progressistes (lesquels h&#233;las, comme les autres, oubliaient les femmes qui, alors, n'avaient pas voix au chapitre, ni droit de vote &#8211; avec parfois, ce pr&#233;texte, qui ne manque pas d'ironie r&#233;trospective, qu'elles seraient sous l'emprise de l'obscurantisme religieux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Capture d'&#233;cran de France 3 C&#244;te d'Azur, 12/08/2016 Capture d'&#233;cran de France 3 C&#244;te d'Azur, 12/08/2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tenants de l'interdiction du &#171; costume eccl&#233;siastique &#187; (comme d'autres, aujourd'hui, qui veulent interdire tout &#171; costume islamique &#187;) affirmaient qu'il s'agissait d'un habit de soumission et que le devoir de l'Etat r&#233;publicain &#233;tait d'&#233;manciper par la loi (donc par la force&#8230; de la loi) les pr&#234;tres de la soutane. Au passage, machistes affirm&#233;s, ils affirmaient que la soutane, qui est une robe, portait atteinte &#224; la &#171; dignit&#233; masculine &#187;. Voici ce qu'Aristide Briand leur r&#233;pondit, en refusant qu'une loi qui entend &#171; instaurer un r&#233;gime de libert&#233; &#187; veuille imposer aux pr&#234;tres &#171; l'obligation de modifier la coupe de leurs v&#234;tements &#187; : &#171; Votre commission, messieurs, a pens&#233; qu'en r&#233;gime de s&#233;paration la question du costume eccl&#233;siastique ne pouvait se poser. Ce costume n'existe plus pour nous avec son caract&#232;re officiel (&#8230;). La soutane devient, d&#232;s le lendemain de la s&#233;paration, un v&#234;tement comme les autres, accessible &#224; tous les citoyens, pr&#234;tres ou non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit (et d'ailleurs Briand lancera, provocateur, &#224; cette assembl&#233;e masculine qu'il &#233;tait du droit de chacun, dans un r&#233;gime de libert&#233;, de se promener s'il le souhaitait &#171; en robe &#187;) si, demain, des hommes (quels qu'ils soient) veulent se rendre en soutane &#224; la plage, et se baigner sous cette apparence, ils en ont le droit&#8230; De m&#234;me, d'ailleurs, que l'on peut rencontrer, en feuilletant Paris Match de cette semaine, un homme nu se promenant sur une plage non naturiste de Biarritz qui, croisant Emmanuel Macron et son &#233;pouse, les salue, salut que le ministre lui rend avec le sourire. Mais les m&#234;mes qui s'alarment des tenues de plage couvrantes de musulmanes ne se sont pas &#233;mus de cette transgression exactement oppos&#233;e. Dans les deux cas, nous sommes face &#224; des choix relevant de la libert&#233; individuelle. Si son exercice ne s'accompagne d'aucun pros&#233;lytisme (cherchant &#224; contraindre la libert&#233; d'autres individus), accepter qu'une autorit&#233; la contraigne, c'est ouvrir la voie &#224; ces morales d'&#201;tat qui ont toujours accompagn&#233; les r&#233;gimes autoritaires, quels qu'ils soient et quelle que soit leur intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reportage de Paris-Match sur Macron &#224; la plage Le reportage de Paris-Match sur Macron &#224; la plage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces pol&#233;miques, qui n'ont pour effet que de tomber dans le pi&#232;ge tendu par Daech (stigmatiser les musulmans par qu&#234;te de boucs &#233;missaires &#224; nos peurs &#8211; voir plus bas), sont profond&#233;ment ridicules quand on les confronte &#224; un raisonnement logique. Va-t-on interdire, demain, au nom du refus de toute visibilit&#233; des convictions religieuses dans l'espace public, que des religieuses catholiques en coiffe se rendent &#224; la plage ? Ou que des juifs pratiquants s'y prom&#232;nent avec une kippa sur la t&#234;te ? Mais, demain, va-t-on &#233;galement, au nom de la &#171; neutralit&#233; &#187; de l'espace public interdire des T-shirts affirmant des opinions suppos&#233;es subversives ou des tenues juv&#233;niles suppos&#233;es dissidentes ? Faire la chasse aux cheveux longs, aux piercings, aux tatouages, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les S&#339;urs de la Consolation assistant &#224; une comp&#233;tition de surf dans les Landes Les S&#339;urs de la Consolation assistant &#224; une comp&#233;tition de surf dans les Landes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une libert&#233; commence &#224; tomber, sous un pr&#233;texte id&#233;ologique qui, en l'esp&#232;ce, est s&#233;curitaire, il est non seulement difficile de la reconqu&#233;rir mais, surtout, elle en vient &#224; &#234;tre perdue pour tous, et pas seulement pour ceux que sa restriction semble viser. Demain, selon les al&#233;as de notre vie politique, des municipalit&#233;s, des gouvernements, des entreprises prendront pr&#233;texte de la restriction id&#233;ologique d'une libert&#233; visant les corps et les apparences pour s'en prendre &#224; d'autres attitudes jug&#233;es non conformes &#224; leurs pr&#233;jug&#233;s, &#224; leurs dogmes, &#224; leurs int&#233;r&#234;ts. D&#233;fendre nos libert&#233;s individuelles (parmi lesquelles celles de nos corps, de leurs v&#234;tures ou de leurs nudit&#233;s), c'est d&#233;fendre la libert&#233; de se battre pour nos droits, et de ne pas &#234;tre soumis &#224; la servitude des pouvoirs (qu'ils soient &#233;tatiques, &#233;conomiques, id&#233;ologiques, religieux, sexuels, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me d&#233;claration des droits de l'homme, la plus aboutie mais la plus &#233;ph&#233;m&#232;re, celle de l'An I de la R&#233;publique (1793) &#233;nonce ceci en son article 6 : &#171; La libert&#233; est le pouvoir qui appartient &#224; l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui ; elle a pour principe la nature ; pour r&#232;gle la justice ; pour sauvegarde la loi ; sa limite morale est dans cette maxime : Ne fais pas &#224; autrui ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : j'ajoute &#224; ce billet ce que j'ai r&#233;cemment post&#233; sur les r&#233;seaux sociaux, simple appel &#224; la raison quand tant d'autres sujets (d&#233;mocratiques, sociaux, &#233;cologiques, g&#233;opolitiques, scientifiques, etc.) devraient mobiliser nos &#233;nergies comme en t&#233;moignent les priorit&#233;s &#233;ditoriales de Mediapart tout cet &#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;t&#233; 2014 (il y a deux ans donc, avant les attentats de 2015 et 2016), j'ai &#233;crit ce qui suit, dans Pour les musulmans (&#201;ditions La D&#233;couverte, lire ici). Est-il besoin de souligner que cette mise en garde est toujours d'actualit&#233;, plus que jamais ? Et qu'il est de notre devoir de soutenir toutes celles et tous ceux qui sont stigmatis&#233;s non pas pour ce qu'ils auraient fait mais pour ce qu'ils sont, en raison de leur croyance ou de leur apparence ? Voici donc l'extrait : &#171; Sous toutes les latitudes, le sort fait aux minorit&#233;s dit l'&#233;tat moral d'une soci&#233;t&#233;. (&#8230;) Au-del&#224; de mon pays, j'&#233;cris contre cette guerre des mondes dans laquelle on veut entra&#238;ner les peuples en fabriquant des haines identitaires dont la religion est l'alibi. Mais je suis en France, j'y vis, j'y travaille, et c'est ici m&#234;me que, pour nous, se joue ce sursaut des consciences. Jamais les crimes commis par de pr&#233;tendus musulmans ayant eux-m&#234;mes sombr&#233; dans ces guerres sans fin ne justifieront qu'en retour, nous pers&#233;cutions les musulmans de France. Jamais des d&#233;rives individuelles ou des conflits lointains n'autoriseront que, dans notre pays, on en vienne &#224; assimiler en bloc des hommes, des femmes et des enfants &#224; un p&#233;ril qui menacerait l'int&#233;grit&#233;, voire la puret&#233; de notre communaut&#233; nationale, au pr&#233;texte de leur foi, de leur croyance, de leur religion, de leur origine, de leur culture, de leur appartenance ou de leur apparence. Jamais les d&#233;sordres du monde ne sauraient excuser l'oubli du monde. De sa complexit&#233;, de sa diversit&#233; et de sa fragilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 ao&#251;t 2016 Par Edwy Plenel&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La d&#233;mocratie n'est pas &#224; vendre !</title>
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&lt;p&gt;Un bon article dans le Courrier de Mantes du 23 mars 2016
&lt;br class='autobr' /&gt; ?sur la r&#233;union publique Stop Tafta Val de Seine du 15 mars ?
&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Mantes la Jolie.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://78.site.attac.org/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Revue de presse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un bon article dans le Courrier de Mantes du 23 mars 2016&lt;br class='autobr' /&gt; ?sur la r&#233;union publique &lt;a href=&#034;http://www.attac78nord.org/IMG/pdf/-20.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stop Tafta Val de Seine du 15 mars ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Mantes la Jolie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://78.site.attac.org/IMG/jpg/TAFTA_23032016.jpg' alt=&#034;article&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Comment tout peut s'effondrer</title>
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		<dc:date>2016-03-22T20:19:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Il s'agit d'un livre tr&#232;s p&#233;dagogique, qui se lit comme un roman. Il n'est pas dans le genre &#171; catastrophiste &#187; mais il explique bien la question, et justifie par 429 r&#233;f&#233;rences (pour ceux qui veulent v&#233;rifier) tous les arguments donn&#233;s !&#8230; L'objectif est du genre : &#171; tout le monde sent bien qu'il y a un gros probl&#232;me dans notre monde, eh bien voici ce qu'il faut pour vous instruire sur la r&#233;alit&#233; des choses, mais ne vous inqui&#233;tez pas trop quand m&#234;me, &#224; condition qu'on y mette tous un peu du...&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;table width=&#034;100&#034;&gt; &lt;tr&gt; &lt;td&gt;
Il s'agit d'un livre tr&#232;s p&#233;dagogique, qui se lit comme un roman. Il n'est pas dans le genre &#171; catastrophiste &#187; mais il explique bien la question, et justifie par 429 r&#233;f&#233;rences (pour ceux qui veulent v&#233;rifier) tous les arguments donn&#233;s !&#8230;
L'objectif est du genre : &#171; tout le monde sent bien qu'il y a un gros probl&#232;me dans notre monde, eh bien voici ce qu'il faut pour vous instruire sur la r&#233;alit&#233; des choses, mais ne vous inqui&#233;tez pas trop quand m&#234;me, &#224; condition qu'on y mette tous un peu du n&#244;tre &#8230; et le plus vite possible avant qu'il ne soit vraiment trop tard &#8230; &#187;.
&lt;br&gt;J.C L &lt;/td&gt;&lt;td&gt;&lt;img src='https://78.site.attac.org/IMG/jpg/-7.jpg' alt=&#034;Couverture&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr&gt;&lt;td colspan=&#034;2&#034;&gt;&lt;img src='https://78.site.attac.org/IMG/jpg/-8.jpg' alt=&#034;Dos&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>8 th&#232;ses sur le travail et sa qualit&#233;</title>
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		<dc:date>2016-03-20T18:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;BASTAMAG D&#233;battre N&#233;olib&#233;ralisme &lt;br class='autobr' /&gt; Agir contre le mal-travail : &#171; Il en va de l'avenir de notre sant&#233;, de la plan&#232;te et de la d&#233;mocratie &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
par Thomas Coutrot 6 avril 2016 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent de r&#233;volte qui souffle contre la loi El Khomri trouve largement son origine dans la souffrance au travail que ressentent de nombreux salari&#233;s, femmes et hommes, &#224; statut d'emploi pr&#233;caire ou non. Les centaines de t&#233;moignages recueillis dans le cadre de l'initiative #OnVautMieuxQueCa en t&#233;moignent : pour tous,...&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://78.site.attac.org/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Revue de presse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;BASTAMAG D&#233;battre N&#233;olib&#233;ralisme&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Agir contre le mal-travail : &#171; Il en va de l'avenir de notre sant&#233;, de la plan&#232;te et de la d&#233;mocratie &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Thomas Coutrot 6 avril 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent de r&#233;volte qui souffle contre la loi El Khomri trouve largement son origine dans la souffrance au travail que ressentent de nombreux salari&#233;s, femmes et hommes, &#224; statut d'emploi pr&#233;caire ou non. Les centaines de t&#233;moignages recueillis dans le cadre de l'initiative #OnVautMieuxQueCa en t&#233;moignent : pour tous, l'arbitraire, la pression, le sale boulot, la qualit&#233; emp&#234;ch&#233;e sont le lot quotidien. Thomas Coutrot, porte-parole de l'association Attac, propose &#171; huit th&#232;ses sur le travail et sa qualit&#233; &#187; pour comprendre et agir contre le mal-travail. &#171; C'est tr&#232;s largement par et dans le travail que la possibilit&#233; m&#234;me d'une vie humaine d&#233;cente sera pr&#233;serv&#233;e ou finira par &#234;tre d&#233;truite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se que je voudrais soumettre &#224; la discussion aujourd'hui est la suivante [1] : les d&#233;faites subies par le salariat depuis trente ans et l'ampleur in&#233;dite de la d&#233;gradation de la sant&#233; au travail nous obligent sans doute &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; de nouvelles strat&#233;gies fond&#233;es non sur la pr&#233;servation ou l'approfondissement des institutions du salariat mais sur un d&#233;passement du rapport salarial en tant que rapport de subordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conqu&#234;tes sociales du fordisme reposaient sur l'acceptation par les salari&#233;s d'un contrat de travail o&#249; ils &#233;changeaient leur force de travail et leur libre-arbitre dans l'entreprise contre un salaire et une protection sociale. Ce face-&#224;-face conflictuel entre patrons et salari&#233;s dans l'espace priv&#233; de l'entreprise, qu'on pourrait appeler la &#171; citadelle du travail &#187;, a donn&#233; des r&#233;sultats pr&#233;cieux que nous d&#233;fendons aujourd'hui pied &#224; pied. Mais le patronat s'est &#233;chapp&#233; de la citadelle en mondialisant le capital : le libre-&#233;change, la libre-circulation des capitaux et la financiarisation de l'entreprise nous confrontent directement au march&#233; mondial qui nous &#233;crase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rest&#233;s enferm&#233;s dans notre citadelle, nous la voyons d&#233;mont&#233;e pierre par pierre par les r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales du travail et de son organisation, qui d&#233;cuplent les in&#233;galit&#233;s, pr&#233;carisent nos vies, d&#233;truisent notre sant&#233;, celle de nos concitoyen.ne.s et de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en continuant &#224; d&#233;fendre nos droits acquis, ne devrions-nous pas passer &#224; l'offensive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pourrions-nous pas r&#233;nover notre citadelle d&#233;cr&#233;pite en la transformant en une &#171; cit&#233; du travail &#187; ? Refuser le monopole patronal de d&#233;cision sur &#171; que produire et comment produire &#187;, rechercher tr&#232;s syst&#233;matiquement, du local au global, des alliances avec les consommateurs, les usagers, les riverains, les associations environnementales, les collectivit&#233;s publiques, pour d&#233;lib&#233;rer ensemble sur la finalit&#233; et la qualit&#233; de notre travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de l'avenir de notre sant&#233;, ainsi que de celles de la plan&#232;te et de la d&#233;mocratie. C'est ce que je vais essayer d'illustrer &#224; travers ces &#171; 8 th&#232;ses sur le travail et sa qualit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#232;re th&#232;se : La &#171; gouvernance actionnariale &#187; du travail est une doctrine fallacieuse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette doctrine n&#233;olib&#233;rale affirme que l'entreprise doit se financer sur le march&#233; mondialis&#233; des capitaux et que seuls ses actionnaires sont l&#233;gitimes pour la diriger. D'une part que les Bourses permettraient de diriger de fa&#231;on optimale les capitaux vers les projets d'investissement les plus utiles. D'autre part parce seuls les actionnaires prendraient le risque &#233;conomique en avan&#231;ant leurs capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces justifications sont fallacieuses : la pr&#233;carit&#233; et l'ins&#233;curit&#233; de l'emploi (m&#234;me en CDI) ont fortement augment&#233;. Les march&#233;s financiers ne financent gu&#232;re l'&#233;conomie r&#233;elle, mais encha&#238;nent bulles sp&#233;culatives et krachs &#224; r&#233;p&#233;tition. La doctrine a essentiellement servi &#224; justifier la financiarisation des entreprises, dont la rationalit&#233; n'est pas &#233;conomique mais politique : mettre les acteurs financiers en position de force. S'ils n'obtiennent pas les rendements attendus (la fameuse norme des 15% par an), les acteurs de la finance vendent leurs actions et font chuter la valeur boursi&#232;re de l'entreprise. Les directions n'ont d&#233;sormais qu'un seul objectif l&#233;gitime, atteindre la norme de profit pour conserver leurs actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#232;me th&#232;se : La gouvernance actionnariale est un despotisme de march&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour attirer les actionnaires, les directions et les gouvernements ont op&#233;r&#233; le transfert des risques &#233;conomiques vers les salari&#233;s. La menace de la d&#233;localisation, de la filialisation, de l'externalisation p&#232;se en permanence sur les capacit&#233;s de r&#233;sistance des salari&#233;s. La mobilit&#233; des capitaux &#8211; qui menacent de s'enfuir &#224; la moindre contrari&#233;t&#233; &#8211; affaiblit drastiquement les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gociation entre &#171; partenaires sociaux &#187; se d&#233;veloppe mais sans grain &#224; moudre : ni les accords interprofessionnels ou de branche, et encore moins les accords d'entreprise, ne constituent de r&#233;els compromis, comme on l'a vu sur les retraites, sur l'emploi ou sur l'organisation du travail. Sous gouvernance actionnariale, la d&#233;mocratie sociale est largement vid&#233;e de contenu. Le contrepoids du juge (prudhommal ou judiciaire) fait l'objet de remises en cause croissantes. Le d&#233;s&#233;quilibre des pouvoirs favorise l'envol&#233; des in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#232;me th&#232;se : Le r&#233;gime financiaris&#233; est efficace &#224; court terme mais terriblement instable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme du travail a donc &#233;t&#233; mise en &#339;uvre depuis les ann&#233;es 1990 par les managers sous h&#233;g&#233;monie des directions financi&#232;res. On a cr&#233;&#233; (et on remod&#232;le en permanence) des cha&#238;nes mondiales de valeur au sein de l'entreprise n&#233;olib&#233;rale en r&#233;seau. Un r&#233;seau tr&#232;s hi&#233;rarchis&#233;, o&#249; tous les salari&#233;s ne sont pas log&#233;s &#224; la m&#234;me enseigne : il faut distinguer l'entreprise apprenante au sommet du r&#233;seau, jusqu'aux divers niveaux de sous-traitance. Mais partout il s'est agi de pr&#233;cariser et individualiser les contrats, ins&#233;curiser les salari&#233;s, intensifier et normaliser le travail, r&#233;duire son co&#251;t, fragmenter les collectifs, &#8230; Ce pouvoir politique exerc&#233; sur un salariat balkanis&#233; a permis de r&#233;duire drastiquement ses capacit&#233;s de r&#233;sistance. Et de r&#233;tablir une rentabilit&#233; &#233;conomique assez stable ainsi qu'une rentabilit&#233; financi&#232;re en moyenne historiquement &#233;lev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la cl&#233; de vo&#251;te de ce pouvoir du capital financier r&#233;side dans sa parfaite liquidit&#233; : une r&#233;gulation efficace supposerait de r&#233;duire cette liquidit&#233; en instaurant des r&#232;gles contraignantes, ce qui n'a pas &#233;t&#233; envisag&#233; m&#234;me apr&#232;s l'effondrement de 2008. D'o&#249; des in&#233;galit&#233;s sans cesse augment&#233;es et une instabilit&#233; globale maintenue voire aggrav&#233;e, avec un risque de bulles et de krachs de plus en plus catastrophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#232;me th&#232;se : Le r&#233;gime n&#233;olib&#233;ral met en danger la sant&#233; au travail...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part les promesses de l'automatisation n'ont pas &#233;t&#233; tenues : les p&#233;nibilit&#233;s physiques n'ont quasiment pas recul&#233; depuis trente ans, et concernent encore plus du tiers des salari&#233;s en France. Les charges sont parfois moins lourdes, mais la fr&#233;quence et la r&#233;p&#233;titivit&#233; des gestes a augment&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part l'organisation n&#233;olib&#233;rale du travail, fille de la gouvernance actionnariale, a provoqu&#233; la mont&#233;e g&#233;n&#233;rale des risques psychosociaux et de la souffrance au travail. Partout les objectifs chiffr&#233;s instaurent une pression permanente et d&#233;l&#233;t&#232;re. Partout le travail est devenu plus intense (juste-&#224;-temps, Lean, reengeneering&#8230;) et plus r&#233;p&#233;titif (reporting, standardisation, normes qualit&#233;, etc). Les managers en appellent &#224; la responsabilisation des salari&#233;s, mais en pratique cette promesse n'est pas tenue. Leurs marges de man&#339;uvre se r&#233;duisent, notamment pour les plus qualifi&#233;s, et ils perdent la main sur ce qui faisait souvent le sens m&#234;me de leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Satisfaire le client dans ses besoins r&#233;els, fabriquer un produit durable et de qualit&#233;, d&#233;ployer son intelligence en contribuant au bien commun... ces contreparties, sources de reconnaissance sociale, aidaient &#224; rendre acceptable la suj&#233;tion salariale. Elles tendent d&#233;sormais &#224; dispara&#238;tre. Les salari&#233;s vivent de plus en plus des conflits &#233;thiques douloureux : devoir mentir aux clients, sacrifier la qualit&#233; pour tenir les co&#251;ts ou les d&#233;lais... Ils souffrent aussi gravement de l'ins&#233;curit&#233; des situations de travail, m&#234;me pour ceux qui sont en CDI mais voient les plans sociaux se succ&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces risques croissants les salari&#233;s tentent de serrer les rangs : les enqu&#234;tes montrent le d&#233;veloppement de l'entraide et de la coop&#233;ration entre coll&#232;gues. Certaines entreprises instaurent des espaces de d&#233;bat sur le travail, dont les effets compensatoires peuvent &#234;tre r&#233;els. Des entretiens professionnels reposant sur les r&#232;gles de m&#233;tier peuvent fournir des ressources pour tenir. En m&#234;me temps les collectifs d&#233;signent ou laissent survenir des boucs &#233;missaires, victimes de harc&#232;lement. Et globalement, les situations de travail sont de plus en plus pathog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#232;me th&#232;se : ... mais aussi la sant&#233; de la plan&#232;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite de la croissance &#224; tout prix incite les entreprises et les &#201;tats &#224; creuser toujours plus profond pour extraire les ressources, &#224; financer des projets d'infrastructures qui artificialisent encore davantage les sols et mettent en danger les cycles naturels (eau, carbone, azote&#8230;). La gestion financiaris&#233;e du travail pousse les entreprises &#224; rejeter sur leur environnement les nuisances sanitaires : accidents du travail parfois non d&#233;clar&#233;s, maladies professionnelles le plus souvent non reconnues, etc... Mais aussi les nuisances &#233;cologiques : accidents industriels, pollutions, mar&#233;es noires, effet de serre, etc... Et bien s&#251;r les nuisances soci&#233;tales : ch&#244;mage, discriminations, et leurs cons&#233;quences sur le lien social, la x&#233;nophobie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le libre-&#233;change, lui, favorise la croissance du commerce mondial mais aussi des &#233;missions de CO2. La pr&#233;dominance des normes de la concurrence freine l'extension et l'effectivit&#233; des normes sanitaires et sociales. La course &#224; la comp&#233;titivit&#233; et &#224; la rentabilit&#233; dans un contexte de pression des crit&#232;res financiers et de guerre &#233;conomique met donc en danger le travail et la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#232;me th&#232;se : Ces atteintes &#224; la sant&#233; ont rendu plus visible que jamais la question du travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que les maladies industrielles, qui touchaient surtout les ouvriers, ont longtemps fait l'objet d'un d&#233;ni organis&#233; (silicose, amiante&#8230;). Le scandale de l'amiante a fait sauter le mur du silence, surtout quand les associations de victimes se sont extraites du face-&#224;-face entre employeurs et syndicats (toujours en butte au chantage &#224; l'emploi) pour faire de l'amiante une question de sant&#233; publique. Aujourd'hui les pathologies associ&#233;es &#224; l'organisation n&#233;olib&#233;rale du travail ont massivement atteint les couches interm&#233;diaires et sup&#233;rieures du salariat, m&#234;me si les ouvriers et les employ&#233;s restent les plus touch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extension in&#233;dite des pathologies du travail a d&#233;clench&#233; un d&#233;bat social intense, d'un niveau sans pr&#233;c&#233;dent depuis la r&#233;volte des ouvriers sp&#233;cialis&#233;s contre le travail &#224; la cha&#238;ne dans les ann&#233;es 1968-70. Harc&#232;lement moral, souffrance et suicide au travail, risques psychosociaux, travail emp&#234;ch&#233; sont devenus des th&#232;mes largement pr&#233;sents dans le d&#233;bat social et politique. Les TMS (troubles musculo-squelettiques) ont &#233;t&#233; reconnus en grand nombre, m&#234;me s'ils restent sous-&#233;valu&#233;s. L'affaire des suicides &#224; France T&#233;l&#233;com a provoqu&#233; un scandale politique et la r&#233;vocation d'un PDG. Des lois ont &#233;t&#233; vot&#233;es, des jurisprudences audacieuses ont vu le jour, comme celle sur le harc&#232;lement moral manag&#233;rial. Des travaux d'enqu&#234;tes et de recherche se multiplient sur la sant&#233; au travail. La question du travail a fait l'objet de divers rapports parlementaires ou de think tanks. Elle n'a sans doute jamais &#233;t&#233; autant pr&#233;sente dans le d&#233;bat politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#232;me th&#232;se : Et pourtant la r&#233;paration et la pr&#233;vention des maladies professionnelles ne progressent gu&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serai encore plus bref sur ce point : malgr&#233; l'&#233;pid&#233;mie des TMS et des RPS (risques psychosociaux), on n'a vu progresser ces derni&#232;res ann&#233;es ni la reconnaissance des maladies psychiques li&#233;es au travail, ni le renforcement des moyens des CHSCT (comit&#233; d'hygi&#232;ne, de s&#233;curit&#233; et des conditions de travail) ou de la m&#233;decine du travail, ni l'int&#233;gration de la sant&#233; au travail dans les d&#233;cisions des managers. Et les avanc&#233;es jurisprudentielles apparaissent fragiles et r&#233;versibles en l'absence d'avanc&#233;es l&#233;gislatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les causes de cet &#233;chec, le pouvoir renforc&#233; des lobbies et du patronat, la division du mouvement syndical mais aussi l'inqui&#233;tude des syndicats et des salari&#233;s pour leur emploi, qui permet comme toujours au patronat de jouer l'emploi contre la sant&#233; et l'environnement. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; absolue de reconstruire un point de vue des travailleurs sur leur travail, au sein de l'entreprise et des branches mais aussi en lien &#233;troit avec des alli&#233;s ext&#233;rieurs &#224; l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#232;me th&#232;se : La qualit&#233; du travail est un enjeu f&#233;d&#233;rateur, source de pouvoir d'agir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'instabilit&#233; financi&#232;re du capitalisme mondialis&#233; et &#224; son caract&#232;re insoutenable pour la sant&#233; des travailleurs et de l'environnement, la qualit&#233; du travail devient un enjeu central du d&#233;bat public et un levier essentiel de transformation sociale. Les travailleurs ne se reconnaissent plus dans un travail sans qualit&#233; et sans s&#233;curit&#233;, dont ils souffrent cruellement. Les managers eux-m&#234;mes, pour beaucoup, prennent conscience de l'insoutenabilit&#233; du syst&#232;me. Quant aux riverains, aux consommateurs, aux citoyens, ils s'inqui&#232;tent des risques de pollution, des produits toxiques ou frelat&#233;s, du pouvoir excessif des lobbies et des transnationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;cisif que se cr&#233;ent, dans les entreprises et les localit&#233;s, des lieux de d&#233;bat et de mobilisation o&#249; puissent se confronter positivement les logiques de diff&#233;rents acteurs int&#233;ress&#233;s &#224; la qualit&#233; du travail &#8211; salari&#233;s, riverains, associations environnementales et de consommateurs, &#233;lus locaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en d&#233;veloppant le d&#233;bat public et les luttes communes autour de la qualit&#233; du travail qu'on pourra non seulement mettre en visibilit&#233; les d&#233;g&#226;ts du productivisme sur la sant&#233; des travailleurs et des habitants, mais travailler &#224; des alternatives sociales et &#233;cologiques, particuli&#232;rement en mati&#232;re d'emploi, et contester les rapports de pouvoir qui bloquent ces alternatives. La transition &#233;cologique n'est en rien une menace mais bien plut&#244;t une formidable opportunit&#233; pour l'emploi &#224; condition de redistribuer les richesses pour financer les reconversions professionnelles. Ces d&#233;bats doivent partir du niveau local mais s'&#233;tendre jusqu'au global car la nature des d&#233;fis l'exige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire pr&#233;valoir un point de vue commun&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction de ces alliances entre salari&#233;es et salari&#233;s, usagers et d&#233;fenseurs des &#233;cosyst&#232;mes est l'une des t&#226;ches les plus importantes pour les mouvements sociaux. Elle sera plus ais&#233;e si les travailleuses et travailleurs parviennent ensemble &#224; faire pr&#233;valoir un point de vue commun sur le travail de qualit&#233;, &#224; distance des exigences actionnariales, et &#224; imposer &#224; partir de l&#224; d'autres crit&#232;res de gestion des entreprises que celui d'une rentabilit&#233; financi&#232;re &#233;lev&#233;e et de court-terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, cette reprise en main du travail par les travailleuses et les travailleurs sera plus facile si elle s'appuie sur les attentes des parties prenantes ext&#233;rieures &#224; l'entreprise, sur les aspirations des citoyennes et des citoyens &#224; une production de qualit&#233;, seule garante de la pr&#233;servation des &#233;quilibres &#233;cologiques et de la d&#233;mocratie. Comme le dit Yves Clot, &#171; c'est le fond de la question &#233;cologique : on ne peut pas vouloir sauvegarder la plan&#232;te en pi&#233;tinant le travail &#187; [2]. Car c'est tr&#232;s largement par et dans le travail que la possibilit&#233; m&#234;me d'une vie humaine d&#233;cente sera pr&#233;serv&#233;e ou finira par &#234;tre d&#233;truite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Coutrot&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le mauvais proc&#232;s instruit contre le code du travail</title>
		<link>https://78.site.attac.org/spip.php?article904</link>
		<guid isPermaLink="true">https://78.site.attac.org/spip.php?article904</guid>
		<dc:date>2016-03-14T18:31:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>&lt;p&gt;Pour le professeur au Coll&#232;ge de France Alain Supiot, &#171; le proc&#232;s instruit contre le code du travail occulte les causes profondes de la crise de l'emploi &#187;. &#169;Denis ALLARD/REA&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://78.site.attac.org/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Revue de presse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Tribune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mauvais proc&#232;s instruit contre le code du travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alain Supiot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;03/03/2016&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le professeur au Coll&#232;ge de France Alain Supiot, &#171; le proc&#232;s instruit contre le code du travail occulte les causes profondes de la crise de l'emploi &#187;. &#169;Denis ALLARD/REA&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1999, le juriste Alain Supiot, sp&#233;cialiste du droit du travail, avait pr&#233;sid&#233; &#224; la r&#233;daction d'un rapport commandit&#233; par la Commission europ&#233;enne sur les &#171; Transformations du travail et le devenir du droit du travail en Europe &#187;, qui a fait date. Devenu un &#171; classique &#187;, ce texte est &#224; l'origine de la notion de droits de tirage sociaux, qui a inspir&#233; les concepts de s&#233;curisation des parcours professionnels ou de s&#233;curit&#233; sociale professionnelle. AlterEcoPlus publie en exclusivit&#233; un extrait de la pr&#233;face &#224; la seconde &#233;dition de cet ouvrage, intitul&#233; Au-del&#224; de l'emploi et publi&#233; ce mercredi 2 mars aux &#233;ditions Flammarion. Dans cette pr&#233;face, le professeur au Coll&#232;ge de France critique notamment le r&#233;cent projet de r&#233;forme du code du travail du gouvernement de Manuel Valls.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le droit du travail est d&#233;nonc&#233; dans tous les pays europ&#233;ens comme le seul obstacle &#224; la r&#233;alisation du droit au travail. A l'image du pr&#233;sident Mao guidant le Grand Bond en avant1, la classe dirigeante pense &#234;tre l'agent historique d'un monde nouveau, dont l'av&#232;nement in&#233;luctable exige de la population le sacrifice de toutes les s&#233;curit&#233;s acquises. Cette fuite en avant est &#233;perdue chez les gouvernants des pays de la zone euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'&#233;tant priv&#233;s de tous les autres instruments de politique publique susceptibles de peser sur l'activit&#233; &#233;conomique, ils s'agrippent au seul levier qui leur reste : celui de la d&#233;r&#233;glementation du droit du travail. Agrippement d'autant plus fr&#233;n&#233;tique qu'ils sont d&#233;sormais plac&#233;s sous la menace des sanctions pr&#233;vues par les trait&#233;s, mais aussi et surtout de la perte de confiance des march&#233;s financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission et la Banque centrale europ&#233;enne les pressent de proc&#233;der aux &#171; n&#233;cessaires r&#233;formes structurelles &#187;, nom de code de la &#171; r&#233;duction du co&#251;t du travail &#187; et de la &#171; lutte contre les rigidit&#233;s du march&#233; du travail2 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relay&#233; quotidiennement dans les m&#233;dias par les talking classes3, l'appel &#224; ces &#171; r&#233;formes courageuses &#187; est un mot d'ordre si rab&#226;ch&#233; depuis quarante ans, qu'on en oublierait presque l'obsc&#233;nit&#233; du spectacle donn&#233; par ceux qui, cumulant souvent eux-m&#234;mes les s&#233;curit&#233;s du public et les avantages du priv&#233;, d&#233;noncent au nom des outsiders les avantages extravagants dont jouiraient les insiders et n'ont de cesse d'opposer les ch&#244;meurs aux smicards, les pr&#233;caires aux titulaires d'un emploi stable, les salari&#233;s aux fonctionnaires, les actifs aux retrait&#233;s, les immigr&#233;s aux indig&#232;nes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que veut dire &#171; r&#233;former &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une v&#233;ritable r&#233;forme du droit du travail n'a &#233;videmment rien &#224; voir avec les sermons de ceux qui relaient ainsi la consigne de l'adaptation des hommes aux besoins d'un March&#233; devenu total. Ces pr&#233;dicateurs s'inscrivent dans la lign&#233;e des &#171; terribles simplificateurs4 &#187;, dont Jacob Burckhardt annon&#231;ait l'&#171; absolue brutalit&#233;5 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un abus de langage de qualifier de projets de r&#233;forme du droit du travail les appels &#224; sa d&#233;r&#233;glementation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un abus de langage en effet de qualifier de projets de r&#233;forme du droit du travail les appels &#224; sa d&#233;r&#233;glementation. De tels projets sont au droit du travail ce que le red&#233;coupage des r&#233;gions a &#233;t&#233; &#224; la r&#233;forme territoriale fran&#231;aise d&#233;cid&#233;e en 2014 : non pas l'expression d'une action politique r&#233;fl&#233;chie, mais des signaux destin&#233;s &#224; satisfaire l'appel aux &#171; r&#233;formes structurelles &#187; ; non pas la source de plus de simplicit&#233; et de d&#233;mocratie, mais au contraire de plus de complexit&#233; et de pr&#233;bendes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas confondre en effet le transformisme, qui r&#233;duit la politique &#224; la soumission aux contraintes du march&#233; et &#224; l'&#233;volution des m&#339;urs, avec le v&#233;ritable r&#233;formisme, qui consiste &#224; mettre politiquement en &#339;uvre la repr&#233;sentation d'un monde plus libre et plus juste6. R&#233;former le droit du travail exige de prendre la mesure de l'extr&#234;me complexit&#233; et des transformations profondes de la division du travail dans le monde contemporain, et d'imaginer sur cette base des cat&#233;gories juridiques nouvelles, propres &#224; favoriser la libert&#233;, la s&#233;curit&#233; et la responsabilit&#233; de tous les travailleurs. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vieux proc&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; nous r&#233;digions notre rapport [c'est-&#224;-dire en 1999, N.D.L.R.] les pratiques des entreprises, peu &#224; peu l&#233;galis&#233;es, voire encourag&#233;es par les Etats, promouvaient d&#233;j&#224; depuis des ann&#233;es le travail pr&#233;caire, &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e, le travail &#224; temps partiel, la mise &#224; leur compte de travailleurs plus ou moins ind&#233;pendants, la pluriactivit&#233;, la sous-traitance, le recours &#224; des travailleurs d&#233;tach&#233;s, l'intermittence, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et depuis des ann&#233;es d&#233;j&#224;, la difficult&#233; des entreprises &#224; cr&#233;er de l'emploi &#233;tait imput&#233;e &#224; un droit du travail devenu trop protecteur et trop complexe. D&#232;s 1984, M. Yvon Gattaz &#8211; pr&#233;sident du CNPF et p&#232;re de l'actuel pr&#233;sident du Medef &#8211; promettait l'embauche de 471 000 salari&#233;s moyennant la cr&#233;ation d'&#171; emplois nouveaux &#224; contraintes all&#233;g&#233;es &#187; (Enca). C'est pour r&#233;pondre &#224; cette demande que fut supprim&#233;e en 1986 la suppression de l'autorisation pr&#233;alable de licenciement, qui ne se solda par aucune cr&#233;ation nette d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants d'entreprise imputent toujours leurs difficult&#233;s d'abord &#224; l'Etat plut&#244;t qu'&#224; eux-m&#234;mes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument n'en est pas moins repris aujourd'hui par les organisations patronales, selon une d&#233;marche typiquement fran&#231;aise7. L'Etat en France est &#171; l'ennemi commun mais aussi l'alli&#233; de tous &#187; . Comme les m&#233;decins, les agriculteurs, les universitaires ou les motards en col&#232;re, bref comme tout ce que la France compte de corporations, les dirigeants d'entreprise imputent toujours leurs difficult&#233;s d'abord &#224; l'Etat plut&#244;t qu'&#224; eux-m&#234;mes. Tous se tournent vers la R&#233;publique comme vers une &#171; Big Mother &#187; dont on d&#233;nonce l'envahissement tout en en r&#233;clamant l'aide8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument a donc pu sans peine &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233; en ch&#339;ur par le monde politique et les experts de tout poil : le premier responsable du ch&#244;mage, c'est le code du travail ! Qu'attend donc le gouvernement pour en r&#233;duire drastiquement le volume et voir refleurir l'emploi en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplifier ou d&#233;r&#233;glementer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que de bons esprits ont r&#233;cemment d&#233;clar&#233; avoir d&#233;couvert un &#171; rem&#232;de &#224; port&#233;e de main &#187; &#224; la lutte contre le ch&#244;mage : une simplification drastique du droit du travail, ramen&#233; &#224; cinquante principes, qui en seraient autant de &#171; poutres ma&#238;tresses9 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les meilleurs sp&#233;cialistes n'ont pas manqu&#233; de noter que des principes pourtant aujourd'hui reconnus en droit fran&#231;ais, comme le droit de gr&#232;ve10 ou le salaire minimum11, ne figuraient pas dans cette liste. Tandis qu'en revanche s'y trouve promu un &#171; principe &#187; jusqu'ici inconnu : celui de la prescription triennale des salaires, d&#233;rogatoire au droit commun et d&#233;favorable aux salari&#233;s12. Ce qui laisse entrevoir sous la paille de la simplification le grain de la d&#233;r&#233;glementation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S&#233;quence &#187; politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication de cet ouvrage s'est du reste inscrite dans une &#171; s&#233;quence &#187; politique coordonn&#233;e par le Premier ministre et destin&#233;e &#224; r&#233;pondre aux consignes europ&#233;ennes de &#171; r&#233;forme structurelle &#187; du droit du travail. Dans sa lettre de mission du 1er avril 2015, le Premier ministre demandait au pr&#233;sident de la section sociale du Conseil d'Etat, M. Jean-Denis Combrexelle, de conduire une r&#233;flexion sur &#171; la place des accords collectifs en droit du travail et la construction des normes sociales &#187;, en lui indiquant qu'il &#171; aura profit &#224; examiner les contributions des think tanks et publications &#224; venir 13 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe le plus dans cette r&#233;surgence du vieux projet de &#171; contrat collectif d'entreprise &#187; est d'abord son caract&#232;re surann&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans la foul&#233;e, en juin 2015 l'ouvrage de MM. Badinter et Lyon-Caen, et en septembre deux rapports de ces fameux think tanks : l'un de l'Institut Montaigne proposant de &#171; sauver le dialogue social &#187; et l'autre de l'institut Terra Nova indiquant comment &#171; R&#233;former le droit du travail &#187;. Cl&#244;turant cette s&#233;quence, M. Combrexelle pouvait remettre le 9 septembre 2015 son rapport, dont les conclusions allaient &#233;videmment dans le m&#234;me sens14. Cette publication a ouvert une nouvelle &#171; s&#233;quence &#187;, avec la nomination d'une commission pr&#233;sid&#233;e par M. Badinter charg&#233;e de d&#233;finir les &#171; principes fondamentaux du droit du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etendre la n&#233;gociation d'entreprise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; &#171; l'ob&#233;sit&#233; &#187; du code, la &#171; r&#233;forme &#187; du droit du travail consistera &#224; &#233;tendre consid&#233;rablement le champ de la n&#233;gociation d'entreprise, en r&#233;duisant celui de l'ordre public et en limitant la capacit&#233; de r&#233;sistance &#233;ventuelle que les salari&#233;s tirent de leur contrat individuel. Ce qui frappe le plus dans cette r&#233;surgence du vieux projet de &#171; contrat collectif d'entreprise &#187; est d'abord son caract&#232;re surann&#233;. C'est une vieille id&#233;e puis&#233;e dans les recettes du n&#233;olib&#233;ralisme, d'abord avanc&#233;e par le Premier ministre Raymond Barre dans les ann&#233;es 1970, puis dans les ann&#233;es 1980 et 1990 sous le nom de &#171; contrat collectif d'entreprise &#187;15 &#187;. Elle participe de l'agenda n&#233;olib&#233;ral des ann&#233;es 1970, qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; largement mis en &#339;uvre et dont il serait avis&#233; de dresser le bilan plut&#244;t que de continuer &#224; y ob&#233;ir aveugl&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis trente ans toutes les potions du n&#233;olib&#233;ralisme cens&#233;es doper la croissance et l'emploi ont &#233;t&#233; administr&#233;es &#224; notre pays&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis trente ans en effet &#8211; contrairement aux poncifs sur l'aversion fran&#231;aise aux r&#233;formes &#8211;, toutes les potions du n&#233;olib&#233;ralisme cens&#233;es doper la croissance et l'emploi ont &#233;t&#233; administr&#233;es &#224; notre pays : la corporate governance, le new public management, la d&#233;r&#233;glementation des march&#233;s financiers, la r&#233;forme des normes comptables, l'institution d'une monnaie hors contr&#244;le politique, l'effacement des fronti&#232;res commerciales du march&#233; europ&#233;en&#8230; Et bien s&#251;r la d&#233;construction du droit du travail, objet d'interventions l&#233;gislatives incessantes et source premi&#232;re de l'ob&#233;sit&#233; (r&#233;elle) du code du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mauvais bilan du lib&#233;ralisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quel est le bilan de ces r&#233;formes ? La d&#233;r&#233;glementation des march&#233;s financiers a conduit &#224; leur implosion en 2008, suivie de l'explosion du ch&#244;mage et de l'endettement public. La corporate governance, en indexant les int&#233;r&#234;ts des dirigeants des grandes entreprises sur le rendement financier &#224; court terme, a pr&#233;cipit&#233; ces derni&#232;res dans un temps entropique incompatible avec l'action d'entreprendre, l'investissement productif et donc&#8230; l'emploi. Quant au droit du travail, le reflux de la loi au profit de la n&#233;gociation collective a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; largement engag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec quels r&#233;sultats ? M. Combrexelle a le m&#233;rite de le dire clairement : &#171; La n&#233;gociation collective n'est plus adapt&#233;e aux exigences d'une &#233;conomie moderne et mondialis&#233;e, les acteurs sont fatigu&#233;s et d&#233;pass&#233;s, les r&#233;sultats sont d&#233;cevants, bref la n&#233;gociation collective ne permet pas d'obtenir des r&#233;sultats conformes &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral16. &#187; S'il recommande de pers&#233;v&#233;rer dans cette voie, c'est explicitement par devoir plut&#244;t que par conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le code du travail est-il ob&#232;se ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le code du travail est devenu &#233;norme et compliqu&#233;. Cela pour au moins deux raisons. La premi&#232;re, &#233;voqu&#233;e dans notre rapport, est que le droit du travail r&#233;git aujourd'hui la plus grande partie de la population active ; non plus une classe ouvri&#232;re homog&#232;ne mais un monde du travail h&#233;t&#233;rog&#232;ne et complexe. Or, le propre d'un droit codifi&#233; est de r&#233;unir dans un m&#234;me codex les r&#232;gles r&#233;pondant &#224; cette complexit&#233; et cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le code du commerce ou le code g&#233;n&#233;ral des imp&#244;ts sont aussi volumineux que le code du travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays o&#249; cette l&#233;gislation est &#233;parpill&#233;e en textes divers, la pratique &#233;prouve le besoin de compilations, dont le volume n'a rien &#224; envier &#224; notre code. Par exemple en Allemagne le Arbeitsrechts-Handbuch : Systematische Darstellung und Nachschlagewerk f&#252;r die Praxis, qui compte 3 030 pages dans son &#233;dition 2015 et p&#232;se plus de 2 kg. Et si l'on veut comparer ce qui est vraiment comparable, on pourrait mettre en regard de notre code du travail, celui du commerce ou le code g&#233;n&#233;ral des imp&#244;ts, puisque tous s'appliquent &#233;galement aux entreprises. Si l'on prend les excellentes versions annot&#233;es publi&#233;es en 2015 par les &#233;ditions Dalloz, on constate que ces codes sont aussi volumineux (environ 3 800 pages) que le code du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans que l'on d&#233;nonce le poids &#233;crasant qu'ils feraient peser sur les petits entrepreneurs, ni que l'on s'interroge sur l'impact du droit commercial ou du droit fiscal sur l'emploi. Or, si l'on s'avisait de publier &#224; l'intention des entreprises de moins de onze salari&#233;s (soit plus des deux tiers des entreprises fran&#231;aises, employant un salari&#233; sur cinq), une version du code du travail restreinte aux seules dispositions qui les concernent, il s'agirait d'un ouvrage assez mince et d'un acc&#232;s assez commode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calcul &#233;conomique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde raison de l'inflation des lois en droit du travail est l'asservissement de ces derni&#232;res au calcul &#233;conomique. R&#233;duite &#224; l'&#233;tat d'outil de politique &#233;conomique, la loi d&#233;g&#233;n&#232;re en bavardage normatif abscons et inconstant. D&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans la planification sovi&#233;tique, cette instrumentalisation de la loi est aujourd'hui th&#233;oris&#233;e par la doctrine Law and Economics et mise en &#339;uvre par les &#171; politiques de l'emploi &#187; et de &#171; fluidification du march&#233; du travail &#187;, qui sont aujourd'hui la principale source de l'ob&#233;sit&#233; et de la complexit&#233; du code du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi Macron a ajout&#233; l'&#233;quivalent de 5 pages du Journal officiel au code du travail, la loi Rebsamen en a rajout&#233; 43 !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, le d&#233;mant&#232;lement progressif de la r&#232;gle claire et simple du repos dominical17 a conduit depuis une dizaine d'ann&#233;es &#224; un empilement de dispositions l&#233;gislatives, dont la couche la plus r&#233;cente (loi dite &#171; Macron &#187; du 7 ao&#251;t 2015) a ajout&#233; sur ce seul sujet au code du travail quinze articles d'un volume &#233;quivalent de cinq pleines pages du Journal officiel18. Promulgu&#233;e dix jours plus tard, la loi &#171; Rebsamen &#187; l'a lest&#233; de 43 pages suppl&#233;mentaires, destin&#233;es selon son expos&#233; des motifs &#224; &#171; simplifier les obligations d'information, de consultation et de n&#233;gociation dans l'entreprise &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;puisement du mod&#232;le industriel de l'emploi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s ainsi instruit contre le code du travail occulte les causes profondes de la crise de l'emploi. Ces causes sont &#224; rechercher dans l'effacement des fronti&#232;res du commerce, dans la r&#233;volution informatique et dans la dictature des march&#233;s financiers, qui se conjuguent pour saper les bases &#233;conomiques et territoriales de l'Etat social et pour mettre les travailleurs du monde entier en concurrence, en vue de l'&#233;tablissement de ce que Friedrich Hayek, l'un des p&#232;res de l'ultralib&#233;ralisme, a nomm&#233; la catallaxie, c'est-&#224;-dire &#171; l'ordre engendr&#233; par l'ajustement mutuel de nombreuses &#233;conomies individuelles sur un march&#233; 19 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous avons entrepris nos travaux, l'&#233;chec de toutes les politiques (de droite comme de gauche) de flexibilisation de l'emploi pour lutter contre le ch&#244;mage sautait d&#233;j&#224; aux yeux. Le d&#233;veloppement du travail pr&#233;caire sous toutes ses formes, les diff&#233;rents dispositifs &#171; cibl&#233;s &#187; sur les jeunes, vieux, ch&#244;meurs de longue dur&#233;e&#8230; avaient montr&#233; leur impuissance pour assurer &#224; toute la population un travail d&#233;cent, en d&#233;pit de l'all&#232;gement des charges sociales et de la restriction des droits sociaux qu'ils autorisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures ont en revanche eu pour effet de r&#233;duire le p&#233;rim&#232;tre et le niveau de la protection sociale attach&#233;e &#224; l'emploi. Elles participent aussi du mouvement plus g&#233;n&#233;ral de mise en concurrence des travailleurs les uns contre les autres : europ&#233;ens contre immigr&#233;s, salari&#233;s contre fonctionnaires, titulaires d'un CDI contre pr&#233;caires, jeunes contre vieux, Fran&#231;ais ou Allemands contre Polonais ou Grecs&#8230; Cette mise en concurrence d&#233;truit les solidarit&#233;s n&#233;cessaires &#224; une action revendicative commune, engendre la division syndicale et attise les repliements corporatistes et x&#233;nophobes20. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de la pr&#233;face &#224; la seconde &#233;dition de Au-del&#224; de l'emploi (2016, Flammarion).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1.&lt;br class='autobr' /&gt; (1) Impos&#233; par Mao dans les ann&#233;es 1950 pour rattraper le niveau de d&#233;veloppement des pays industrialis&#233;s, cette politique &#233;conomique aveugle aux r&#233;alit&#233;s a caus&#233; l'une des plus grandes famines de l'histoire, provoquant la mort de plus de 30 millions de personnes selon les estimations actuelles (cf. Yang Jisheng, St&#232;les. La Grande famine en Chine, 1958-1961, Paris, Seuil, 2012, 660 p.).&lt;br class='autobr' /&gt; 2.&lt;br class='autobr' /&gt; (2) Cf. les &#171; Recommandations de la Commission europ&#233;enne concernant le programme national de r&#233;forme de la France &#187; publi&#233;es le 13 mai 2015, COM (2015) 260 final ; et dans le m&#234;me sens, M. Draghi, &#171; R&#233;formes structurelles, inflation et politique mon&#233;taire &#187;, discours d'ouverture du pr&#233;sident de la BCE, au forum consacr&#233; &#224; l'activit&#233; de la Banque centrale (Sintra, le 22 mai 2015), accessible en ligne sur le site de la BCE (&lt;a href=&#034;http://www.ecb.europa.eu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ecb.europa.eu&lt;/a&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt; 3.&lt;br class='autobr' /&gt; (3) Christopher Lasch d&#233;signe ainsi la &#171; classe jacassante &#187;, omnipr&#233;sente dans les m&#233;dias (La R&#233;volte des &#233;lites, op. cit., p. 89).&lt;br class='autobr' /&gt; 4.&lt;br class='autobr' /&gt; (4) En fran&#231;ais dans le texte d'une lettre de Jacob Burckhardt du 24 juillet 1889, Briefe an seinen Freund F. von Preen, 1864-1893, Stuttgart-Berlin, Deutsche Verlag Anhalt, 1922, p. 248.&lt;br class='autobr' /&gt; 5.&lt;br class='autobr' /&gt; (5) Cf. J. Nurdin, Le R&#234;ve europ&#233;en des penseurs allemands (1700-1950), Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2003, 296 p.&lt;br class='autobr' /&gt; 6.&lt;br class='autobr' /&gt; (6) Cf. B. Trentin, La libert&#224; viene prima. La libert&#224; come posta in gioco nel conflitto sociale, Rome, Editori reuniti, 2004, p. 128.&lt;br class='autobr' /&gt; 7.&lt;br class='autobr' /&gt; On n'imaginerait pas le dirigeant d'une grande entreprise allemande qui, perdant des parts de march&#233;, en imputerait la responsabilit&#233; &#224; la Bundesrepublik au lieu de commencer par s'interroger sur la sienne. Il est vrai que les patrons allemands sont le plus souvent sortis du rang et ont une culture industrielle qui fait d&#233;faut &#224; leurs homologues fran&#231;ais, sortis du moule des grandes &#233;coles et habitu&#233;s &#224; passer du public au priv&#233;. Cf. Herv&#233; Joly (dir.), Formation des &#233;lites en France et en Allemagne, Paris, CIRAC, 2005, 228 p. ; Jo&#235;l Massol, Thomas Vall&#233;e et Thomas Koch, &#171; Les &#233;lites &#233;conomiques sont-elles encore si diff&#233;rentes en France et en Allemagne ? &#187;, Regards sur l'&#233;conomie allemande, no 97, 2010, p. 5-14.&lt;br class='autobr' /&gt; 8.&lt;br class='autobr' /&gt; (13) Michel Schneider, Big Mother : Psychopathologie de la vie politique, Paris, Odile Jacob, 2005, 379 p.&lt;br class='autobr' /&gt; 9.&lt;br class='autobr' /&gt; Cf. R. Badinter et A. Lyon-Caen, &#171; Pour une D&#233;claration des droits du travail &#187;, Le Monde du 6 juin 2015, et la version un peu plus longue publi&#233;e sous le titre Le Travail et la Loi, Paris, Fayard, 2015, p. 80.&lt;br class='autobr' /&gt; 10.&lt;br class='autobr' /&gt; E. Dock&#232;s, &#171; Pr&#233;servons un syst&#232;me qui prot&#232;ge les employ&#233;s, Le Monde, 27 juin 2015, p. 15.&lt;br class='autobr' /&gt; 11.&lt;br class='autobr' /&gt; J.-J. Dupeyroux, &#171; Faut-il simplifier le Code du travail ? &#187;, L'Observateur, 27 ao&#251;t 2015. &lt;br class='autobr' /&gt; 12.&lt;br class='autobr' /&gt; J.-J. Dupeyroux, &#171; Faut-il simplifier le Code du travail ? &#187;, art. cit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; 13.&lt;br class='autobr' /&gt; Cf. le texte de cette lettre de mission, reproduit en annexe du rapport de J.-D. Combrexelle cit&#233; infra.&lt;br class='autobr' /&gt; 14.&lt;br class='autobr' /&gt; (19) J.-D. Combrexelle, La N&#233;gociation collective, le travail et l'emploi, rapport au Premier ministre, France Strat&#233;gie, septembre 2015, p. 135.&lt;br class='autobr' /&gt; 15.&lt;br class='autobr' /&gt; J.-D. Combrexelle, La N&#233;gociation collective, le travail et l'emploi, rapport au Premier ministre, France Strat&#233;gie, septembre 2015, p. 48.&lt;br class='autobr' /&gt; 16.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Comme en t&#233;moigne la lettre de mission du Premier ministre, le gouvernement fait clairement le choix de [cette] option &#187;, J.-D. Combrexelle, rapp. cit&#233;, p. 49).&lt;br class='autobr' /&gt; 17.&lt;br class='autobr' /&gt; Code du travail, article L.3132-3.&lt;br class='autobr' /&gt; 18.&lt;br class='autobr' /&gt; Code du travail, article L.3132-20 &#224; 3132-27-2.&lt;br class='autobr' /&gt; 19.&lt;br class='autobr' /&gt; F.A. Hayek, Le Mirage de la justice sociale (1976), PUF, 1981, p. 131.&lt;br class='autobr' /&gt; 20.&lt;br class='autobr' /&gt; De 2006 &#224; 2011, le nombre de travailleurs d&#233;tach&#233;s en France, avec une d&#233;claration en bonne et due forme, a &#233;t&#233; multipli&#233; par quatre, passant de 37 924 salari&#233;s &#224; 144 411. Il a augment&#233; de 8 % au cours de la seule ann&#233;e 2014, atteignant 230 000 salari&#233;s. Le nombre des d&#233;tach&#233;s &#171; irr&#233;guliers &#187; serait &#224; peu pr&#232;s &#233;quivalent. L'&#233;conomie pour l'utilisateur est consid&#233;rable puisque le travailleur d&#233;tach&#233; n'est pas assujetti aux cotisations sociales du pays d'accueil (en France un ouvrier polonais dans le BTP revient ainsi 30 % moins cher que son &#171; concurrent &#187; fran&#231;ais ou malien en situation r&#233;guli&#232;re). Voir le rapport du s&#233;nateur &#201;ric Bocquet fait au nom de la commission des affaires europ&#233;ennes, no 527 (2012-2013), 18 avril 2013 ; Les &#201;chos, 12 f&#233;vrier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Supiot&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pistes de r&#233;flexion suite aux attentats du 13/11/2015</title>
		<link>https://78.site.attac.org/spip.php?article871</link>
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		<dc:date>2015-11-23T21:12:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Suite aux attentats du 13 novembre 2015 &#224; Paris, voici quelques textes pour alimenter le d&#233;bat et la r&#233;flexion. Marie-Jean SAURET sur Humanit&#233;.fr La raison de la raison de ces attentats Jean-Marie MULLER La France est-elle en guerre ? L'Indign&#233; du Canap&#233; Attentats de Paris : Non aux terroristes &#224; kalach, non aux terroristes en cravate Le pire n'est jamais certain Vos guerres, nos morts Sarah ROUBATO sur Mediapart Lettre &#224; ma g&#233;n&#233;ration : moi je n'irai pas qu'en terrasse Pierre ROUSSET &amp;...&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://78.site.attac.org/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Revue de presse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Suite aux attentats du 13 novembre 2015 &#224; Paris, voici quelques textes pour alimenter le d&#233;bat et la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Marie-Jean SAURET sur Humanit&#233;.fr
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.humanite.fr/la-raison-de-la-raison-de-ces-attentats-590154&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La raison de la raison de ces attentats&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Jean-Marie MULLER
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.jean-marie-muller.fr/ARTICLES/2015/2015-11-18-la-france-est-elle-en-guerre.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La France est-elle en guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L'Indign&#233; du Canap&#233;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.indigne-du-canape.com/attentats-de-paris-non-aux-terroristes-a-kalash-non-aux-terroristes-en-cravate/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Attentats de Paris : Non aux terroristes &#224; kalach, non aux terroristes en cravate&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le pire n'est jamais certain
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/2015/11/vos-guerres-nos-morts.html?m=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vos guerres, nos morts&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Sarah ROUBATO sur Mediapart
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/sarah-roubato&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lettre &#224; ma g&#233;n&#233;ration : moi je n'irai pas qu'en terrasse&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pierre ROUSSET &amp; Fran&#231;ois SABADO sur Europe Solidaire sans fronti&#232;res
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article36454&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les attentats du 13 novembre &#224; Paris : la terreur de l'Etat islamique, l'&#233;tat d'urgence en France, nos responsabilit&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les Mutins de Pang&#233;e
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.lesmutins.org/lettreinfo/lettreinfo76/content.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comme si de rien n'&#233;tait ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; David VAN REYBROUCK
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/11/16/monsieur-le-president-vous-etes-tombe-dans-le-piege_4810996_3212.html#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Monsieur le Pr&#233;sident, vous &#234;tes tomb&#233; dans le pi&#232;ge ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Dominique de VILLEPIN sur Le Figaro.fr
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2015/11/15/25001-20151115ARTFIG00076-villepin-le-piege-c-est-l-idee-que-nous-sommes-en-guerre.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Villepin : &#171; Le pi&#232;ge, c'est l'id&#233;e que nous sommes en guerre &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Marie-Laure BASILIEN-GAINCHE sur LeMonde.fr
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/11/19/etat-d-urgence-une-marge-de-man-uvre-bien-trop-large-est-offerte-aux-autorites_4813627_823448.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Etat d'urgence : &#171; une marge de man&#339;uvre bien trop large est offerte aux autorit&#233;s &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Claude-Marie VADROT sur Politis
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.politis.fr/Et-bien-le-voila-le-Patriot-Act-a,33088.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Et bien, le voil&#224; le Patriot Act &#224; la fran&#231;aise, les assassins ont gagn&#233; !&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Flourishing</title>
		<link>https://78.site.attac.org/spip.php?article734</link>
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		<dc:date>2013-10-10T20:50:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;B&#233;n&#233;voles rassembl&#233;s dans des chantiers participatifs pour la construction de maisons ou de mobiliers publics ; plates-formes Web de pr&#234;t ou de location entre usagers d'objets sous-utilis&#233;s ; grandes entreprises dont la culture et les pratiques s'opposent au consum&#233;risme et &#224; l'id&#233;e d'une croissance illimit&#233;e ; chercheurs en r&#233;action au mod&#232;le scientifique productiviste dominant tourn&#233; vers la rapidit&#233; et la quantit&#233; proposant celui d'une science orient&#233;e vers la qualit&#233; et la lenteur....&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://78.site.attac.org/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Revue de presse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;B&#233;n&#233;voles rassembl&#233;s dans des chantiers participatifs pour la construction de maisons ou de mobiliers publics ; plates-formes Web de pr&#234;t ou de location entre usagers d'objets sous-utilis&#233;s ; grandes entreprises dont la culture et les pratiques s'opposent au consum&#233;risme et &#224; l'id&#233;e d'une croissance illimit&#233;e ; chercheurs en r&#233;action au mod&#232;le scientifique productiviste dominant tourn&#233; vers la rapidit&#233; et la quantit&#233; proposant celui d'une science orient&#233;e vers la qualit&#233; et la lenteur. Produire, consommer, faire de la recherche : aussi diverses soient-elles, nombre d'activit&#233;s humaines font aujourd'hui l'objet de pratiques qui se veulent diff&#233;rentes de celles que l'histoire a forg&#233;es comme des habitudes. Les militants et leurs penseurs semblent partager un &#233;tat d'esprit commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; d&#233;veloppement durable &#187;, la &#171; croissance verte &#187;, nous y voil&#224;, penserez-vous ! D&#233;trompez-vous. Pour John Ehrenfeld, ancien directeur du programme &#171; Technology, Business and Environment &#187; du MIT, aux Etats-Unis, ces concepts valises sont des oxymores. Dans ce recueil d'entretiens r&#233;alis&#233;s avec un ancien &#233;tudiant, Andrew Hoffman, devenu professeur de management &#224; l'universit&#233; du Michigan, la conscience de la finitude du monde est incompatible avec l'id&#233;e d'une croissance &#233;conomique infinie. M&#234;me quand celle-ci s'adjoint, avec le d&#233;veloppement durable et la croissance verte, les leitmotivs suppl&#233;mentaires de l'efficience &#233;cologique et de l'&#233;quit&#233;. Tout au plus, l'insoutenabilit&#233; pourrait &#234;tre r&#233;duite. Pour assurer la soutenabilit&#233;, une rupture &#171; paradigmatique &#187; s'impose, selon John Ehrenfeld.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://78.site.attac.org/local/cache-vignettes/L181xH279/Flourishing-7ed4d.jpg?1685379002' width='181' height='279' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Epanouissement contre croissance&lt;/strong&gt;. Sa proposition est celle d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e non plus sur la croissance &#233;conomique et quantitative, mais sur l'&#171; &#233;panouissement &#187;. La soci&#233;t&#233; de l'&#233;panouissement rel&#232;ve de la possibilit&#233; fond&#233;e sur un imaginaire actif qui reste &#224; exp&#233;rimenter plut&#244;t que de la projection probable des connaissances actuelles. Sa dynamique ne repose pas sur l'insatiable satisfaction des besoins et le toujours plus mais sur le bien-&#234;tre et le soin port&#233; &#224; soi-m&#234;me, aux autres et au reste du monde naturel, mat&#233;riel et spirituel dans une perspective du mieux. Les b&#233;n&#233;fices des actions sont appr&#233;ci&#233;s dans un cadre qui n'est plus anthropocentr&#233;, quantitatif et imm&#233;diat, mais qui veille tant &#224; l'&#233;panouissement des &#234;tres humains que de toute autre forme de vie, engageant dans les comportements d'aujourd'hui une certaine repr&#233;sentation du futur. L'id&#233;e peut &#234;tre belle. John Ehrenfeld garde espoir&#8230; sans se pr&#233;tendre optimiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reprenant cette philosophie, la science pourrait bien remplacer le mot d'ordre &#171; publier ou p&#233;rir &#187; par celui de &#171; s'&#233;panouir ou p&#233;rir &#187;. Sur ce terrain aussi quelques militants, philosophe et sociologues s'&#233;vertuent &#224; rappeler, dans un esprit proche de celui de John Ehrenfeld, qu'une autre science est possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle Stengers, Une autre science est possible !, La d&#233;couverte, 2013 ;...&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Julie Bouchard, ma&#238;tresse de conf&#233;rence, universit&#233; Paris-XIII/Labsic&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un autre monde est possible&lt;/i&gt;, l'id&#233;e fait son chemin...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle Stengers, &lt;i&gt;Une autre science est possible !&lt;/i&gt;, La d&#233;couverte, 2013 ; Vincent de Gaulejac, &lt;i&gt;La Recherche malade du management&lt;/i&gt;, Editions Quae, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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